Tcheky Karyo : moments choisis...
- montage47
- 11 nov.
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Parler, parler, échanger... Avant la submersion des réseaux sociaux, on échangeait davantage, au hasard d'un carrefour de centre-ville, dans une soirée villageoise, à la pause d'un match de rugby.
A 15 ans et quelques, j'ai vu "La balance" de Bob Swaim, dont tout le monde faisait des gorges chaudes. Ce polar m'avait laissé un peu de marbre, son bitume, ses putes et ses macros ne me parlaient pas vraiment. Un tour pour rien. Puis, dix jours après, un ami me dit "J'ai vu un acteur extraordinaire dans "La balance" !". "Ah bon ?", lui répondis-je ? Lequel ?" L'ami me décrit le rôle (il ne se souvenait pas de son nom, Allociné n'esistait pas encore...). Je suis donc retourné (et hop, 50 francs de plus !) voir le film et là je l'ai vu, lui Tcheky Karyo. Il était effectivement impressionnant dans un rôle assez banal. Mais le fait que je l'ai adopte ce jour là.
5 ans après, je travaille à Canal Plus et Richard Bohringer nous invite à déjeuner aux Îles de Lérins, face à Cannes. Quelle fierté pour nous toutes et tous. J'en garde un souvenir d'émancipation, me disant intérieurement : "Quelle belle vie !". Mon voisin de table était... Tcheky Karyo ! Bigre. J'avais un peu peur, pensant cotoyer un homme bourru, peu sensible à ma discrétion. Bien au contraire, il était doux, parlant à bon escient, affable sans attirer l'attention des convives à tout prix ! Nous avons bavardé assez profondément pendant une heure. Une chose m'avait frappé : il me confie qu'il a accepté de tourner un film uniquement parce que la comédienne Nathalie Cardone y jouait et qu'il voulait la rencontrer (pas la peine de vous faire un dessin...)
J'étais frappé de ces "meurs", pensant qu'un rôle était sacré, et qu'on ne pouvait pas s'y positionner pour d'autres raisons que l'art, pas pour une histoire d'amour. Mais finalement, tous les chemins mènent à Rome. Nathalie Cardone (je ne l'avais pas reconnue) était assise à côté de Tcheky ! Ils étaient en couple ! Sa tactique avait marché.
Comme Jean Reno, Tcheky Karyo était un homme sensible, au physique trompeur. Tellement de talent. Je l'avais adoré dans le film de Griffin Dunne "Addicted to love".
Un jour, lors d'une projection de presse rue de Marignan, je le vois assis seul, je viens vers lui. On parle de nos films vus récemment et la conversation part sur "Miller's crossing", le dernier film des frères Coen. Ce film m'avait consterné par son snobisme et sa vacuité (comme l'a fait ensuite "No country for old men". Je pensais avoir blasphémé, mais Tcheky m'a dit : "Pas compris ce film, y'a du snobisme faussement profond, que je n'aime pas...". Nous étions en accord...
Il y a 4 ou 5 ans, je l'ai aperçu au "Cinema des Cinéastes" présentant un film avec Béatrice Dalle. Le "hic" de ces projections publiques est souvent que les présentateurs de la soirée semblent davantage sortis de H.E.C que mus par la passion du cinéma, et j'avais peine à voir Mr Karyo ne pouvoir développer une propos intéressant, pris par le temps qu'il était.
Je l'ai suivi dans ses films, du mieux possible et aujourd'hui je suis triste, nous sommes tristes.
Pierre Gaffié

Crédit Photos : Yann Orhan ("Le pays Roannais")

