Pierre Gaffié

Réalisateur

Devant ou derrière la caméra : telle est la (non) question.

 

A 20 ans, je sortais de la fac de philosophie à 11h45 (Spinoza, Bachelard, Hegel) pour partir me faire maquiller sur le plateau de "La vie à plein temps", magazine quotidien  de France 3. C'est Catherine Lévy, productrice qui, m'avait donné ma chance, malgré mes cheveux blonds (merci "Subway" et Besson !) et mon regard fuyant. Deux ans plus tard, je remplace Alix de St André à "Nulle part ailleurs". pour des chroniques cinéma libre et sans prompteur. Tellement libre que certains attachés de presse appelaient Lescure ou Gildas, pour demander mon renvoi. Les deux me défendirent. Après tout, je ne faisais que dire ce que je pensais, chose pas si fréquence à la télévision. Michel Blanc a retenu mon franc-parler puisque l'inspecteur de son film "Grosse fatigue", porte mon nom...

Mais le show, rodé, huilé (trop) m'ennuyait et je me surprenais à passer de plus en plus souvent le pas de la porte du bureau des programmes courts (à l'époque Alain Burosse, Pascale Faure), qui m'impressionnaient beaucoup plus que les animateurs. On m'incita à écrire de scénarios, ce que fit aussi Daniel Lavoie, sur un plateau Cannois.

Sans le savoir, Didier Haudepin, Tom Novembre, lecteurs au CNC, ont construit mon "U-turn" en décernant une bourse à mon premier "vrai" scénario : "1 franc". On m'a rapporté que Thomas Langmann (lecteur aussi) avait déclaré : "Un critique qui souhaite devenir artiste, ça s'encourage !"

Depuis, j'alterne entre l'écriture, la réalisation, et la production.. "La ville aux murs dauphins" est assez représentatif de mon souhait de mêler l'intime et le surnaturel. "La relativité expliquée aux enfants" est un hommage inconscient à mes parents. Un jour, j'ai entendu le journaliste François Lenglet dire : "J'ai eu les mot par ma mère et les chiffres par mon pères !". Je ne dirai pas exactement ça. Mais plutôt, j'ai le côté incisif de ma mère et celui, retenu, de mon père. "20 mètres d'amour à Montmartre" (2014), c'est de l'érotisme à bas-bruit, comme un murmure de désir. "La nuit se lève" (premier film où j'emploie le mot "mort", toujours un tournant chez un créateur) est sans doute la queue de la comète de drames croisés sur mon chemin. Mais faire des films sincères, c'est aussi bien qu'une prière, Car ça se partage.

 

"Constance ou la symphonie des baisers" (qui a reçu autant de volée de bois vert que de louanges) était un exercice de style, en rapport avec ma thèse de philosophie : "Pourquoi parle t'on d'illusion d'optique et jamais d'illusion sonore ?" (authentique). J'ai eu envie de montrer que si l'amour est aveugle, il n'est sans doute pas sourd.

"Apocalypse notes" (la musique en danger) est une fable sur la pureté de la création, à l'heure où les play-backs dans les stades semblent choquer de moins en moins de gens.

"Canevas de libellules" (2021) révèle ma passion pour les perdants magnifiques. Notre siècle mouvementé s'est ouvert sur la déclaration gracieuse de Al Gore, en 2000, concédant sa défaite, sans doute une des dix images qui m'ont le plus marquées depuis ma naissance...