Entretien avec
Yves Lecat

Nous avons rencontré le comédien Yves Lecat dans un café devant le parc des Buttes-Chaumont cela se passait un mercredi 9 juillet très ensoleillé. À l'occasion d'une séance photo pour un clip musical réalisé par Pierre Gaffié.
(Propos recueillis par Ilyes Ficel - stagiaire chez Différent Productions).
1) Pouvez-vous nous citer trois mots pour définir le métier d’acteur, et pourquoi ?
Pour moi un acteur doit être parfaitement inadapté, curieux et je dirais... mystique. Ce que j’entends par “mystique”, c’est le sens d’une certaine spiritualité, d’une dimension autre. Les grands comédiens le sont souvent. Même s’il est difficile de parler de lui aujourd’hui, Gérard Depardieu est fondamentalement un grand mystique, par exemple.
2) Aimeriez-vous un jour passer derrière la caméra ?
Oui. J’ai déjà fait de la mise en scène au théâtre, du coaching et de l’enseignement et j’aimerai beaucoup passer derrière la caméra. C’est quelque chose qui m’intéresserait énormément. Mais j’ai toujours eu un gros frein par rapport à ça, je suis très dysfonctionnel en terme d’organisation, de production... Je ne suis pas du tout un entrepreneur, c’est pour ça que je me sens profondément plutôt comédien.
3) Pouvez-vous nous citer un film sorti récemment qui vous a touché ?
Le film Oxana (2025) réalisé par Charlène Favier. C'est un long-métrage sur la fondatrice du mouvement Femen, dont je ne connaissais pas du tout l’histoire. Le parcours d’Oksana Chatchko ,que j’ai découvert à travers ce film, m’a bouleversé. La jeune comédienne Albina Korzh est extraordinaire. J’ai trouvé le film pudique et pas du tout manichéen, dans la manière dont l’histoire était racontée.
4) Si vous deviez choisir un acteur et une actrice français avec qui jouer, ça serait qui ? Et pourquoi ?
Parmi les acteurs et actrices aujourd’hui, Raphaël Quenard et Adèle Exarchopoulos. Raphaël Quenard, d’une part parce que c’est quelqu’un avec qui j’aimerais beaucoup m’amuser. D’autre part, Adèle Exarchopoulos, car c’est une personne qui a l’air très simple, très abordable dans la vie et je trouve qu’elle a une vraie présence à l’image.
5) J’ai vu que vous avez joué dans une saison de “Plus Belle La Vie”. Quelles sont les différences principales entre le tournage d’une série TV et le tournage d’un long-métrage ?
Pour moi la différence est essentiellement dans l’importance et la préparation pour un rôle. Ce qui était particulier avec “Plus Belle La Vie” c’est qu’il y a aucune préparation, on arrive sur le plateau en 2 prises c’est terminé, là en l’occurrence je n’avais pas un rôle qui se développer énormément. Je jouais le père d’une jeune fille qui vit ses premiers amours, j’étais un prétexte à une intrigue à laquelle je participais très peu. Ayant vécu les deux expériences on est pas traité de la même façon quand on a 2 répliques sur un film et quand on a 7 semaines de tournage c’est complétement différent. Comment en tant que comédien on est considéré et prévenu en amont avant même que le tournage démarre.
6) Quel est pour vous votre film bonbon celui que vous avez regardé des centaines de fois ?
Il y en a plusieurs, que je n’ai pas forcément regardés des centaines de fois mais qui sont des grandes émotions de cinéma. Et ce sont des films que je ne revois pas d’innombrables fois justement pour garder ces émotions. Il y en a un qui me revient en tête souvent, c'est Citizen Kane d'Orson Welles. Après je ne vais pas chercher ce genre d’émotion "réconfort" au cinéma mais plutôt des oeuvres qui me questionnent, me transportent et me bouleversent oui.
7) Est-ce que vous déjà refusé un projet pour des questions morales ?
N’ayant pas une énorme carrière je n’en reçois pas assez pour en refuser. J’ai déjà été confronté à des projets problématiques pour des raisons artistiques et que j’ai désertés. Ça m’est arrivé de démarrer des projets et de voir très vite que cela n’irait pas très loin et que la direction des acteurs n’était pas intéressante et où j'ai donc arrêté ma participation. En tant que comédien je ne me suis forcé aucune limite, la limite c’est effectivement si il y a derrière une idéologie et un propos militant qui véhiculent des choses que je ne pourrais pas cautionner et en être complice. Au niveau des rôles bien au contraire j'adore explorer ces choses-là. Par exemple j’ai joué dans une pièce de théâtre qui s'intitule “Un siècle d’industrie” où j’ai interprété le lieutenant nazi Ugo Schwartz qui s’occupait de la solution finale à Auschwitz. C’est très particulier de s’immerger là-dedans mais c’était une expérience extraordinaire.
8) Est-ce que ça vous est déjà arrivé de prendre exemple sur un animal pour un rôle ?
Oui ça m’est arrivé afin de trouver une démarche, notamment pour jouer du Shakespeare ( "La mégère apprivoisée"). On était davantage sur un mélange d’animaux un petit peu fiers comme le coq par exemple. Il y a aussi le personnage de Lucifer que j’ai joué dans "La porte de l’initiation", un spectacle monté par Valéry Rybakov. Je me suis inspiré d'un échassier que j’ai cassées, dégingandé comme s'il avait les articulations à l’envers !
9) Quel est le conseil que vous êtes content de ne pas avoir suivi ?
Même si cela m'a coûté des opportunités, car c'est quelque chose que j’ai beaucoup entendu, ce sont tous les conseils et les théories qui sont liés au réseautage, à "l’ajustement" et aux stratégies mondaine. J'ai essayé, je n’ai pas pu et je suis content de ne pas m’être perdu là-dedans. Selon moi quand on parle de réseautage il y a forcément une partie de nous qu’on laisse, car tout à un prix. Il y a un vrai risque de corruption de l’être et de l’âme auquel on ne peut échapper.






Il y a quatre ans Yves Lecat avait été interviewé par une de nos stagiaires (qui n'a pas souhaité signer son entretien). Nous le laissons néanmoins pour consultation..
1) Pouvez-vous vous présenter brièvement ? Vos premiers contacts avec ce milieu ?
Alors, Yves Lecat, comédien. Mes premiers contacts avec la comédie se sont fait adolescent. Ne venant pas de ce milieu mais toujours passionné. J’éprouvais une grande admiration pour Yul Brynner, Bertrand Caster. Je n’ai eu accès qu’à 14 ans au théâtre. En effet, j’ai fait un spectacle scolaire avec des profs de théâtre qui m’ont poussé à continuer dans cette voie. Shakespeare a été mon premier amour, j’ai ensuite décidé de m’inscrire au conservatoire. Après quelques années, j’ai abandonné pour aller travailler dans la publicité. N’étant pas un domaine me satisfaisant, je suis revenu à mon premier amour : la publicité.
4) Avez-vous eu des rencontres impressionnantes, marquantes dans votre carrière ?
Alors j’ai été et je suis resté très admiratif du metteur en scène russe, Valéry Rybakov. J’ai tout de suite admiré son approche profonde de la scène, c’est un immense artiste. Les Russes ont réussi à développer une méthode et un langage particulier qui parle bien aux comédiens. C’est totalement à l’opposé de nos méthodes traditionnelles). J'ai aussi croisé le chemin de comédiens tel que Jacques François, Fabrice burkini, Depardieu mais Rybakov a été le plus impressionnant.
5) Avez-vous une anecdote de tournage ?
C’est avec Ribakov justement, nous étions sur la première d’un gros spectacle, vous imaginez bien que nous étions tous tendus. Après 3h de scène, Ribavov nous a réunis et a déclaré : “le spectacle est un nouveau-né et comme chaque nouveau-né, il est moche”. Sa déclaration m’a beaucoup fait rire et marqué. Evidemment, nous nous sommes améliorés par la suite.
2) Quel est le secteur que vous préférez entre le cinéma, la télévision et la scène ?
Ma préférence va vers la scène entre les trois car au cinéma ou à la télévision, on y fait que des passages. Sur le tas, j’ai découvert un intérêt à la caméra mais c’est un milieu où on a rarement le choix. Le théâtre propose plus de liberté.
3) Quel est la différence de mentalités entre les trois ?
C’est assez variable, la différence se fait dans l’approche. Contrairement au théâtre, rare sont les réalisateurs qui savent diriger les acteurs.

Valéry Ribakov
6) Quel souvenir avez-vous eu du tournage de Canevas des libellules ?
J'ai eu une toute petite participation sur ce tournage. Mon souvenir est surtout d'avoir recroiser Pierre Gaffié tout à fait par hasard sur un quai de métro, 25 ans avoir passé après avoir passer un casting avec lui pour un film. C'était mon premier casting et un de ses premiers films je pense. Ce qui nous a donné finalement l'occasion de faire un peu plus connaissance. Mais pour ce qui est du tournage, je n'ai pas grand-chose à en dire, je suis juste passé par là.

Irina Fontaine