Critique du film "13 pour 1 cercueil" de Christophe Monier


“13 pour un cercueil” de Christophe Monier est un film peu banal mais qui saura vous garder attentif tout du long. Le titre vous donne la couleur, mais je vous rassure, ce film n’a rien de glauque ou de larmoyant, au contraire. Le thème de la mort est abordé avec plein de vie, d’humour et d’émotion. Comment un film qui aborde un thème aussi dur peut-être plein de vie nous diriez-vous? Justement c’est à vous de le voir pour le comprendre. Mais que raconte ce film ?


C’est l’histoire de 13 personnes qui se retrouvent tous ensemble dans une école de pompes funèbres dans laquelle ils vont se côtoyer pendant plusieurs mois. Durant tout le temps de cette formation, des liens vont se créer et des talents cachés vont se dévoiler. Partez à la découverte d’un métier.





Le spectateur-acteur


Ce film aborde la thématique de la mort et du deuil, c’est vrai mais il ne faut pas oublier que c’est aussi et avant tout une formation. Vous y découvrirez les choses à faire et à ne pas faire, les missions dont ils sont chargés, les comportements à adopter, le rapport avec les endeuillés, les exercices pratiques etc…. Vous suivez ce film mais pas uniquement en simple spectateur. Vous êtes mis alternativement dans deux positions : La position du professeur et celle de l’étudiant.


Comment êtes-vous mis en position de formateur ?

Au début du film, vous avez la place du formateur. Vous vous retrouvez en face à face, et à tour de rôle, avec chaque apprenti qui vous explique la raison de sa présence, ce qui l’a motivé à venir, ce qu’il était avant etc… Vous apprenez à connaître chaque personne comme un professeur le fait avec ses élèves, pour connaître ses capacités et ses ambitions.

Lorsque l’on arrive dans l'amphithéâtre pour démarrer la formation, vous assistez à la rentrée où l’on découvre tous les personnages. Dans cette salle, certains plans caméra sont postés derrière le professeur, Henri Cavalier, lorsqu’il pose ses questions aux élèves, ou directement en face de l’estrade lorsque celui-ci monte plus haut pour leur parler. Avec ces plans, vous avez l’impression d’avoir pris la place de son assistante Cristina Ramirez qui est restée en contrebas derrière Henri, à tous les observer.

Vous êtes ensuite un peu plus tard dans le bureau du formateur derrière le bureau et vous interrogez chaque personne sur ses motivations etc… Vous allez avoir un tête-à-tête avec chacun. A aucun moment dans ce bureau vous voyez le formateur, vous êtes toujours face aux étudiants. Durant tous les échanges individuels vous êtes le formateur.


Comment êtes-vous mis en position d'apprenti ?

Vous êtes également en position d’apprenti tout au puisque vous devenez observateur et vous apprenez en même temps qu’eux. On regarde les apprentis effectuer leurs exercices pratiques et on écoute attentivement les conseils comme si nous étions également concernés par ceux-ci.

Dès le début du film d'autres plans vous placent en position d’étudiant. En effet, la caméra est placée dans l’estrade, mélangée aux autres étudiants, assistant au cours comme si vous étiez devenu un étudiant. Depuis l’estrade on voit ce qu’il se passe derrière comme si de votre siège vous vous retourniez pour voir ou écouter les autres.

Plus tard lors d'exercice pratiques, la caméra sera parfois placée derrière l'étudiant comme si le spectateur devenait pendant quelques instants l’étudiant qui effectue l’exercice. Lorsque le débriefing se fait, là aussi la caméra se poste derrière les étudiants et vous écoutez attentivement les conseils et la méthodologie.



ans ce film vous êtes donc quelque part acteur ; vous appartenez à ce film, vous y participez en alternant régulièrement entre formateur et étudiant, et d’un plan à un autre. Le fait de ne pas être passif donne un grand intérêt à ce film.

Ce qui est aussi grandement appréciable, c’est le côté instructif de ce film. C’est un film qui vous grandit puisque vous ressortez avec des connaissances, vous ressortez en ayant appris plus de choses sur ce milieu. C’est un film qui est donc utile et pas seulement divertissant.

On assiste aux exercices pratiques, vous êtes à la place des étudiants qui ne sont pas dans l’exercice,

vous êtes donc devenu dans ces exercices les étudiants observateurs






Quand la vie prend le dessus sur la mort


Ce film est très particulier et intéressant dans son paradoxe ; en effet, les thèmes abordés sont les pompes funèbres, la mort et le deuil, pourtant dans la manière de présenter ce sujet, il y a beaucoup de vie, de joie, d’amour et d’humour. Au-delà de la formation, vous pouvez aussi voir leur vie en dehors de la formation et avant la formation, une vie pour certain avec plein d’énergie et d’entrain. On les voit dans leur intimité. On nous montre également la vie difficile que certains mènent.


Dès le début du film, vous voyez chacun des futurs élèves des pompes funèbres se préparer les uns après les autres. On voit leur " Morning Routine ». A travers ce début plein de vie, on voit donc leur vie quotidienne. On ne pourrait absolument pas s’attendre à un film abordant le deuil et la mort avec un film commençant par cette présentation.


La scène de l’habillage d’un vrai cadavre est plein d’humour grâce à la femme qui leur fait cour et aux élèves. La scène suivante est pleine d’humour même si cela se fait au dépend du défunt. Ici, la vie prend le dessus sur la mort. L'humour et l’amour sont de bons moyens de confronter la vie et la mort.


Une autre étudiante nous montre son envie de vivre en dépassant son traumatisme. Dû à un accident, la jeune femme ne peut plus monter à l’intérieur d’une voiture. Pourtant, pour continuer à suivre cette formation, elle va devoir passer le permis et réussir à monter dans une voiture, ce qui est important pour conduire le corbillard. A chaque leçon de conduite, elle va devoir affronter ce traumatisme et le dépasser. Elle va par ailleurs finir par réussir à le surmonter et retrouver une vie normale.


Un autre traumatisme à affronter pour un autre étudiant, Ludovic, est la peur des armes. Lui aussi décidera de se confronter à cette peur afin de pouvoir revivre normalement. Il faire des sessions de tirs avec l'un de ses camarades de formation. Il va devoir d'y reprendre à plusieurs reprises pour pouvoir toucher une arme et finalement tirer.


L’une des étudiantes doit malheureusement aller dormir en détention. L’actrice Alix Consiglio qui joue le rôle de Léa a su jouer avec justesse et force ce personnage. Le spectateur est amené à ressentir de la compassion pour cette jeune femme qui tente de survivre par tous les moyens et s’échapper du monde dans lequel elle vit. Elle est obligée de vivre dans en détention à la suite d' une bagarre dont elle n’avait pas pris part. L’espoir et son envie de réussir montre la force de vie qui est en elle.


Des histoires d’amitiés et d’amour vont se créer. Les relations amicales et amoureuses, ne sont-elles la preuve irréfutable de la présence de vie dans ce film, en dehors du cadre professionnel où l’on ne fait qu’apprendre et suivre des conseils ? Le fait d’aller derrière les coulisses de la formation c’est voir la vie au-delà des pompes funèbres.



On ne reste pas simplement sur la formation, l’habillage, le maquillage des corps et les cérémonies d’enterrement qui sont juste strictement professionnels. On dépasse la mort pour voir la vie, celles de ces personnes et c’est ce qui donne tout son sens à son film. Il n’est pas ce que l’on pouvait attendre, au contraire il ne cesse de nous surprendre du début à la fin.





En conclusion, ce film est à la fois instructif, nous apprenant beaucoup sur un domaine que l’on ne

connaît pas toujours très bien, et à la fois plein de vie, film qui finit d’ailleurs haut en émotion avec la douce voix ce Alix Consiglio. Ce film ne vous laissera pas indifférent et changera même votre vision de la mort et celle des pompes funèbres.


Critique de Justine VALLETTE

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