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Bertrand Dormoy, un éclair humain

Il y a longtemps que je n'ai pas vu Bertrand Dormoy, qui a été longtemps le patron créatif du laboratoire "Eclair" à Epinay sur Seine. Par contre, j'ai un souvenir précis et doux de notre rencontre. Membre du jury au festival du film de Sarlat, nous attendions deux retardataires. Le président du jury, le cinéaste Robert Enrico a dit, en plaisantant : "Si certains ont des films dont la pellicule est développée chez "Eclair", ce sera le moment d'être agréable avec Bertrand Dormoy...".

Membre le plus jeune du jury, j'étais paradoxalement le seul concerné par cet appel du pied, car j'avais VRAIMENT un film qui était développé chez Eclair: mon premier court-métrage "1 Franc". Je venais de quitter Canal Plus et la présentation du cinéma à "Nulle part ailleurs", lassé par des égos démesurés, des injustices, la régulation de l'esprit Canal, etc... Le monde du court-métrage m'avait attiré dans son lasso. Un moyen de s'en rendre compte ? Quand vous êtes plus impressionné de marcher dans les pelouses d'Eclair (littéralement) que dans le siège de Canal Plus, prêté par le Ministtère des Sports... Quand Bertrand Dormoy est finalement arrivé et s'est assis à la table du jury, il arborait un grand sourire, qui inspirait confiance. Comme il s'est assis à la seule place disponible, à côté de moi (...), nous nous sommes serrés la main.


Evidemment, cela me semblait totalement inapproprié de lui parler de mon film, et j'ai tenu bon pendant les 6 jours du festival. C'est à l'issue de la délibération que j'ai décidé de le faire, me disant qu'après tout, la suggestion venait de Robert Enrico. Bertrand Dormoy a été totalement à l'écoute et m'a donné sa carte de visite, très simplement. Or, la post-production du film (tourné en 35mm) s'est avérée plus compliquée que prévue et Bertrand a été compréhensif. Son équipe commerciale a fait un geste que je n'ai jamais oublié. Etant le producteur du film avec François Chayé ("Les Jours d'Octobre"), ce geste m'a sorti de l'ornière, m'a fait gagner un an de tranquilité financière. Cela m'a énormément touché. On n'imagine pas comment la vie d'un premier court-métrage peut influer sur les 50 ans qui suivent. Si cela se passe dans l'adversité, c'est une cicatrice qui ne se referme que très difficilement.

Bertrand a toujours été à l'écoute par la suite, pour mes autres projets. Aller dans son bureau était intimidant et stimulant. C'est un gars super, avec beaucoup d'humour et de prospective. Je lui dois beaucoup. Un immense merci à lui (et à Robert Enrico :)
 
 
 

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