
Alexandra Swieboda
Réalisatrice
Alexandra est cinéaste et directrice de la photographie. Je l'ai rencontrée lors du tournage d'un clip musical (bientôt fini !) dans un hameau du Puy-de-Dôme. C'était en Juin dernier. Il faisait un temps magnifique mais le tournage avait lieu en intérieur et hors du temps, scénario oblige. Après avoir récupéré Alexandra à la gare, nous avons fait connaissance autour d'une petite collation, et j'ai été charmé par sa simplicité et son écoute. Et les images qu'elle a faites sont très belle. Pierre Gaffié
(crédit photo : Xavier Boyer)
Q. Avec le recul, qu'est-ce qui fait que tu sois aujourd'hui, créatrice d'images et pas avocate ou vétérinaire ?
-J’ai toujours aimé créer. Enfant, je m’étais dit que je serais « réalisatrice de publicités ». J’étais fascinée par toutes les histoires qu’on pouvait raconter, par l’image, autour d’un produit ou d’une marque. Et puis j’ai vite déchanté quand j’ai fait mes premiers pas dans le milieu des agences. C’est là que j’ai découvert que 99 francs n’était pas qu’une fiction.
Les arts visuels m’ont toujours attirée. Les expositions me font vibrer. J’ai fait un Master en Esthétique et philosophie de l’art. Je suis arrivée un peu par hasard chez France Télévisions, après une dernière année d’études en communication, et j’y suis restée 13 ans. Là-bas, j’ai eu énormément d’opportunité d’expérimenter non seulement dans les domaines stratégiques mais aussi créatifs. J’ai notamment développé mes compétences en direction artistique, graphisme et montage…
Un jour, lorsque je travaillais à la communication interne, on a remporté le prix du meilleur intranet. J’ai alors proposé d’écrire et de réaliser un petit film façon « C’est pas sorcier » qui racontait l’histoire du premier Intranet commun de France Télévisions. On est allés jusqu’à faire les courses au BHV et redécorer nous-mêmes une pièce de la boîte pour qu’elle ressemble au camion de Jamy. Ma stimulation intellectuelle était à son comble. Un jour, j’ai décidé de participer à un concours de courts-métrages organisé par le Festival du Livre de Mouans-Sartoux. A la fois la meilleure et la pire idée de ma vie. Mon perfectionnisme en a pris un coup, et il m’a fallu près de 8 ans pour me relancer dans la réalisation. Et pourtant, il y a quelque chose que j’avais identifié : je me sentais tellement à ma place lorsque ça tournait…
Q. As-tu déjà tourné des séquences dont tu t'es dit "Ça ne donnera rien !" et au final avoir été agréablement surprise ? Et vice-versa ?
-Sur le tournage de mon court-métrage Le syndrome de la tomate, quelqu’un avait donné un coup de pied malencontreux au trépied de la caméra. On s’en est rendus compte lors du dérush. Et finalement, au moment du montage, cette prise a donné lieu à des opportunités créatives insoupçonnées qui répondaient très bien au chaos que vivait le personnage principal.
L’été dernier, sur le tournage du clip Perrine de Rosa Beaumont, je voulais que la chanteuse se passe la langue sur les lèvres car j’imaginais qu’en post-production, on pourrait faire un effet où ses lèvres se coloraient d’un rouge très vif. Mais très vite, pendant le tournage, je me suis rendue compte que ça ne fonctionnerait pas du tout. Ça ressemblait plus à un film érotique qu’à un clip de musique ! Du coup, j’ai abandonné l’idée.
Q/ Quelles sont les peintures, les dessins ou les photos qui ont été, et sont encore, pour toi, de grandes sources d'inspiration ?
-J’ai beaucoup de sources d’inspirations. Une de mes références artistiques reste Francis Bacon. Il y a quelque chose dans ses peintures qui relève de la « logique de la sensation » comme disait Gilles Deleuze. Au-delà du beau, ses oeuvres ont un rapport extrêmement puissant avec ceux qui y sont sensibles. Par ses peintures, Bacon arrive à toucher directement aux nerfs, au-delà de toute considération esthétique. Les artistes surréalistes m’inspirent aussi énormément dans mon travail. Et puis, il arrive que je croise le chemin d’une oeuvre nouvelle et qui me donne une idée. C’est le cas par exemple d'une sculpture de Dominique Rayou intitulée Impermanence (une poire croquée) dont le sentiment d’étrangeté a résonné lors de l’écriture de mon court-métrage A côté de ses bottes.
Q/ T'est-il déjà arrivée de tourner un plan ou une séquence avec de la musique dans tes écouteurs pour mieux le cadrer ?
-Non, pas encore, à part la musique du clip que je réalisais qui était joué dans le studio. Mais c’est une bonne idée que je garderai pour une prochaine fois.
Q/ Y a t'il un film que tu trouves particulièrement bien éclairé (même si tu n'aimes pas forcément le contenu) ? Et un film dont tu détestes l'image ?
-Pas facile de répondre à cette question car le problème, c’est que j’oublie assez vite les films que je vois, y compris ceux que j’aime ! C’est un comble pour une réalisatrice. J’avoue que je me laisse avant tout porter par l’histoire, tout en prêtant attention à la réalisation, mais la lumière m’attire moins spontanément (sauf lorsqu’elle frappe). Dernièrement, j’ai vu Les Échos du passé de Mascha Schilinski dont j’ai beaucoup aimé la réalisation et le traitement esthétique de la sensation et du souvenir, sans forcément adhérer à l'atmosphère. Il me semble que la lumière y était plutôt réussie.
Q/ Y a t'il un conseil qu'on t'a donné dans ta vie et que tu es heureuse de ne pas avoir suivie ?
-Ma mère m’a conseillé de rester le plus longtemps possible dans la boîte où j’étais salariée, convaincue que je ne retrouverais jamais une telle sécurité. Peut-être qu’elle n’avait pas tort, mais la liberté n’a pas de prix !
Q/ Qu'aimerais-tu qu'il y ait écrit sur ta pierre tombale (sauf si tu optes pour l'incinération...) si on t'en laisse le choix ?
-Nada es imposible.
Q/ Y a t'il un conseil qu'on t'a donné dans ta vie et que tu es heureuse de ne pas avoir suivie ?
R/ Ma mère m’a conseillé de rester le plus longtemps possible dans la boîte où j’étais salariée, convaincue que je ne retrouverais jamais une telle sécurité. Peut-être qu’elle n’avait pas tort, mais la liberté n’a pas de prix !
Q/ Qu'aimerais-tu qu'il y ait écrit sur ta pierre tombale (sauf si tu optes pour l'incinération...) si on t'en laisse le choix ?
R/ "Nada es imposible."
Texte 3

