Florence ABIVEN, l'amour de la vie et du cinéma

Un jour, mon téléphone sonne dans le train vers st Lazare : "Allo... C'est xxxx... Je crois que vous connaissiez bien Florence de SIS ? Je voulais vous informer qu'elle nous a quittés il y a un mois...". Après l'évocation de bons vieux temps à SIS (un des temples de la post-prod cinéma) et de la personnalité de Florence, je raccroche bouche bée.

Même pas 50 ans, et Florence ne pourra plus nous parler, nous "rire" (pardon pour ce néologisme). Je suis pétrifié et triste de ce temps perdu dans un futur gommé. Car ce n'est pas juste dans le passé qu'on a pu gâcher du temps, c'est aussi dans le futur.

J'avais rencontré Florence Abiven suite à une "tuile" sur mon premier court-métrage : "1 franc". Tourné en 35mm (chef-op Philippe Guilbert), on m'avait conseillé de monter, bruiter et mixer à SIS, dont j'étais, par le plus grand des hasards, voisins. A SIS, par la fenêtre, on voyait se garer Leconte, Polanski ou voir Nicole Garcia embrasser François Berléand dans la voiture. A la cantine, Mocky se plaignait (une constante) et Claire Denis était leader de sa tablée. Patrice Chéreau se détendait au standard téléphonique...

Lors du report optique des sons (on reporte les sons enregistrés sur de la pellicule 35mm pour pouvoir mixer), la monteuse image s'est cru sur un long-métrage et a quasiment tout commandé. Pas juste les meilleures prises, mais presque toutes. Quand j'ai reçu la facture un mois après, j'étais frigorifié. Et j'étais clairement en danger financièrement. Nous parlions de 4 ou 5000 euros juste pour ces sons, alors qu'un dizième aurait suffi.

J'avais décidé de quitter "Nulle part ailleurs" fatigué par la reprise en main de l'émission par Antoine de Caunes (dont son équipe avait viré les deux productrices historiques et utilisé un de mes projets pour ce qui allait devenir les personnages avec José Garcia) pour produire mon premier film et je devais faire attention...

La compte en banque avait plongé pour ce malentendu avec cette monteuse...

Il m'a fallu appeler Florence Abiven pour lui dire que je m'étais fait avoir et qu'il me faudrait un étalonnage des paiements. Elle m'a donné rendez-vous, nous avons analysé la situation, elle a supprimé 80% de ma facture et m'a invité à la fête de la Galette des rois de SIS (fête convoitée). Mon cauchemar s'est transformé en épiphanie...

Dans les 15 ans qui ont suivi, je suis devenu un client de SIS puis de "Cinéphase". Comme tout homme normalement constitué, je suis aussi tombé "amoureux" d'elle, de son charisme et de son humanisme.. Elle se désolait du rachat de SIS par un groupement immobilier (Phoenix) et l'arrivée du grand capital dans un monde du cinéma certes pas pauvre, mais avec une relative dignité...

Cela m'a fait de la peine qu'elle ait de la peine.

Mon dernier contact avec elle fut pour le montage de "La relativité expliquée aux enfants" à Cinéphase. Mes parents (de passage à paris) étaient là et regardaient le travail de Anne Maisonhaute à la console.

Florence était une femme fantastique, parfois rêche comme un de ses huitres bretonnes, sa région natale. Presque toujours ouverte et rieuse comme une méridionale qu'elle n'était pas mais à qui elle ressemblait beaucoup. Un sacré grand écart. Elle s'amusait de ses goûts simples en cinéma, parfois à l'envers des clients qu'elle avait. Elle me parlait aussi de ceux (cinéastes, producteurs, acteurs) qui mettaient une ambiance délétère et de parvenus, dans ce SIS qu'elle pilotait. Elle était capable de ne plus les accueillir, quitte à perdre de l'argent.

C'était aussi ça Florence...

Effaré par le peu de traces sur elle sur le web, j'ai décidé de lui dédier "20 mètres d'amour à Montmartre", un film pour lequel nous avions travaillé ensemble...

Aujourd'hui, la fille de Florence, Audrey, a pris le relais...

Pierre Gaffié, 18 Juillet 2020.

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