Rencontre avec Mathilda MAY, auteure, metteur en scène, comédienne...

June 8, 2019

"Il est confortable de s'habituer au récit de sa vie, de se répéter les mêmes histoires et de s'endormir dedans..." (extrait de "V.O" paru chez Plon) 

 

Mathilda MAY a raison. L'être humain, surtout dans une civilisation du story-telling et des auto-fictions, peut se perdre de vue. Y compris et a fortiori dans le monde de l'image, où l'habit fait le moine, et les réputations brouillent la vérité.

 

J'ai toujours aimé les facettes créatives de Mathilda MAY : son travail d'actrice a été clairement sous-estimé. Les deux extrêmes de sa carrière avec Claude CHABROL, par exemple, sont irrigués d'une présence et d'une puissance vraiment singulière et troublante. Sa déclaration/envoûtement auprès d'un homme fuyant dans "Le cri du hibou" (1987) m'avait marqué. On se croyait vraiment DANS le livre, dont le film était tiré, c'est à dire dans la suggestion. "Il y a la chance du débutant et l'épreuve du combattant" écrivait Paolo Coelho. Il y avait sans doute un coté "sans filet", ingénu, dans la manière dont Mathilda May jouait Juliette. Mais j'ai toujours pensé que "ingénu" et "génie" étaient des frères siamois. Pas de génie dans le contrôle, plutôt dans l'abandon...

 

Dans "La fille coupée en deux" (Chabrol, 2006), Capucine Jamet est une attachée de presse littéraire, qui sait à quoi s'en tenir : elle tient son rang, délivre, accomplit, mais le jeu subtil de Mathilda May la transforme en sorte de pythie, de révélateur, de miroir discret des compromissions des autres. Ce personnage aurait pu être mieux développé dans le script. N'empêche, il donne à réfléchir. La splendide séquence avec Ludivine SAGNIER (la fille coupée en deux), sonne, grâce à l'interprétation de M. MAY comme un doux prêche. Une analyse savante des rapports humains, qui, bien que désordonnés, malaisés, biaisés, peuvent être adoucis et canalisés. La voix de Capucine dans cette séquence de café est une super trouvaille. Grave, mais jamais fermée, c'est une splendide interprétation de M.M.

 

Dans "V.O", Mathilda May parle de musique ("Je suis une oreille sur pattes" dit-elle), de droits de l'homme et des femmes (l'oppression masculine, sur un plateau ou en dehors, est souvent soulignée), de sa famille et de ses goûts ("Je plains les gens qui ne savent pas aimer !")

 

En refermant ce livre, on a l'impression d'avoir parcouru les "lettres à une jeune actrice", comme il y eut les lettres à un jeune poète. Le propos, ni le cadre ne sont bien sûr les mêmes. Mais il n'empêche : même si les médias ont trop souvent abordé ce livre de souvenirs par le petit bout de la lorgnette, il est comme une révélation sucrée/salée pour celles et ceux qui souhaitent devenir comédiens ou tout simplement artiste.

 

Je n'aborderai pas ici sa ré-incarnation en auteur(e) : "Open space", "Le banquet", car tout est au vu et au su de tous. Tout se fait actuellement sous nos yeux...

 

"La grandeur, c'est le talent" écrit Mathilda MAY. Qui est très grande...

 

 

 

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