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LA RELATIVITE EXPLIQUEE AUX ENFANTS

PRÉPARATION

Quand on se lance dans l’écriture de scripts originaux, il faut à la fois ouvrir les antennes extérieures et puiser dans son monde intérieur. Phase délicate car on se dit que tout est possible... alors que tout n’est pas faisable.

 

Dans le cas de La théorie de la relativité expliquée aux enfants, tout est parti... d’une phrase qui devenait lancinante un soir de printemps dans ma voiture : “La théorie de la relativité expliquée aux enfants”.

Elle s’est manifestée sans crier gare -la radio n’était pas allumée, personne ne parlait dans la voiture-... Et je n’avais aucune lecture scientifique à l’époque. Mais plus j’essayais de passer à autre chose, plus cette phrase sybilline s’inscrustait et devenait peu à peu un chewing-gum mental...

 

Quoiqu’il en soit, ma réaction a été de me dire : quel bon titre potentiel de film ce serait ! Comme je cherchais sur quel scénario je pouvais bien écrire, je me disais qu’au moins -même si ce dernier était merdique- le titre intriguerait les gens.

 

Ce fut alors des rédactions à n’en plus finir, des scripts sans aucun lien (et sans grand charme) jusqu’au jour où je me suis dit : “Mais fais donc un film qui ressmble au titre !”. Alors que la plupart du temps c’est l’inverse, on cherche désespérément à trouver un titre qui ressemble au film...

 

J’avais donc une phrase de 8 mots qui devait déboucher sur un scénario. Pendant plusieurs semaines, des idées s’entremêlaient mais toutes avaient un point comme un : un couple et son fils. Et un peu de colère dissipée par la tendresse.

 

Un matin, sans trop réfléchir là non plus, je suis allé me ballader sur les terrasses de St Germain-en-Laye. Il n’y avait pas grand monde et j’ai pu m’allonger au soleil sur un mur de pierre surplombant la rivière (je sais, ça fait un peu bucolique mais tout est vrai...). J’ai fermé les yeux et entre deux courts sommeils, des bribes sont arrivées J’apercevais des images : un séjour, un train, un homme qui dormait.... Quelques phrases de dialogue aussi.

 

Rentré chez moi, j’avais l’impression d’être une vache gorgée de lait, et qu’il ne fallait plus trop attendre. J’ai allumé l’ordinateur et en 2 heures le scénario a été écrit, presque sans réfléchir, uniquement en laissant des phrases répondres à d’autres phrases, des silences s’interposer quand je le sentais, etc... Il s’était écoulé 6 mois entre une phrase entendue dans une voiture (ou plutôt “vue” dans mon esprit) à un scénario qui tenait la route. Deux ans plus tard, lors du tournage aucun mot n’a changé. On peut donc parler de scénario “nécessaire”, en tous cas d’un scénario qui vous écrit, tout autant que l’inverse...

 

FABRICATION

La théorie de la relativité... peut se résumer en deux quêtes : celle des deux acteurs principaux, le papa et le petit garçon. Et il y eut des volte-faces... Pour le rôle du père, je crois qu’une bonne douzaine d’acteurs prestigieux ont lu le script, de Philippe Torreton à Jacques Gamblin en passant par François Morel, Jean-Pierre Lorit, Tom Novembre ou Christophe Odent. Certains n’étaient pas libres, d’autre n’aimaient pas la fin, d’autres étaient d’accords mais les essais n’étaient pas concluants... Un ami m’a conseillé de voir un acteur : Dominique Parent (à l’époque je n’avais même pas aperçu l’ironie de son nom de famille par rapport aux titre du film...). Nous avons fait des essais mais je n’étais pas convaincu (mes assistants si ,eux, et ils me conseillaient vraiment de choisir Dominique). Finalement, 4 jours avant le tournage, alors que Dominique était en vacances près d’Avignon, je l’ai appelé... 

 

Concernant le petit garçon, nous avons à la fois joué la carte des castings et celle des yeux ouverts autour de nous, chez nos proches, etc... C’est -vraiment- quand je pensais tout abandonner que... l’assureuse du film me voyant abattu m’a demandait ce qui n’allait pas... Elle a tout de suite appelé une de ses amies qui est venue avec un petit garçon aux lunettes épaisses : Adrien. Je sentais quelque chose de différent avec lui mais là encore pas de certitude. Et là encore nous tournions dans un mois. Nous avons convenu d’un rendez-vous le lendemain (la nuit porte conseil est un proverbe assez juste....) et Adrien est venu sans lunette, coiffé différement. C’était lui. Et c’était un peu moi, car bien des mois après le tournage j’ai réalisé que ce film, sans être autobiographique- était une métaphore sur les liens avec mon père.  

 

Pour l’équipe technique, je souhaitais tourner avec une femme (sans doute pour contrebalancer le duo masculin) et j’ai contacté Brigitte Barbier, une chef-op d’expérience. Pour le reste de l’équipe, j’ai notamment contacté la Femis et y ait trouvé l’équipe son en l’occurence Michaël Barre (perchman) et Sophie Laloy (preneuse de son), Sophie qui est devenue réalisatrice depuis : son premier long-métrage “Je te mangerais” est sorti au printemps 2009.

Dans l’équipe, il y avait aussi Steve Moreau (aujourd’hui cinéaste et producteur) Sébastien Bailly, devenu réalisateur de talent et créateur du festival du moyen-métrage de Brive-La-Gaillarde (ma ville natale)

 

Le tournage a eu une particularité : il s’est déroulé sans vidéo de contrôle, suite à un cafouillage de production. Ma première réaction fut la déception, puis j’ai essayé d’en prendre les bons côtés : on s’intéresse davantage au jeu des acteurs, on les voit au lieu de juste les apercevoir dans un écran de 30 cms de large...

 

La majorité du film se passant dans un appartement, situé dans une ville de taille moyenne (Colombes) en plein été, je garde du tournage un souvenir heureux même si -après une intoxication alimentaire lors d’un voyage au Mexique, j’avais perdu 15 kilos. Mais ce fut un tournage agréable où l’on ne perdait pas de temps en déplacements. Je parlais beaucoup et l’alchimie entre les membres de l’équipe fut fructueuse. A l’époque, ils ne savaient pas que le film ne serait près que dix ans plus tard, une année par minute...

DIGESTION

Faut t-il parler de digestion ou de procrastination ??? D’une manière générale, ma théorie (expliquée aux adultes) est qu’il ne faut pas enchaîner trop vite tournage et montage. En laissant un intervalle entre les deux, on peut perdre de vue ce que le temps apporte : l’affinage, l’écrémage. Bien sûr, il y a des films qui, pour des raisons commerciales la plupart du temps- sont post-produits à la vitesse de l’éclair, mais ce ne fut pas le cas de La théorie... qui a eu quatre monteuses successives, entre 1997 et 2005. En 1998, le film a même été montré (en copie de travail Super 16) aux sélectionneurs du festival de Cannes mais les collures de scotch ont cassé pendant la projection. (C’était avant le montage sur ordinateur). Je l’ai pris comme un signe.

 

Entre temps, j’ai également vécu d’autres histoires, personnelles ou professionnelles, et le réveil a finalement sonné au printemps 2004 : il était temps de finir ce film... 

 

Evidemment, il n’est jamais très simple de dire à une équipe de tournage : “attendez encore un an !”, cela peut entraîner au pire des tensions, au mieux un désintéret progressif. En fait, quand j’ai envoyé les invitations, début 2007 pour la première projection, l’équipe s’est -vraiment- retrouvée autour de ce travail commun, comme si là aussi le titre du film avait dicté sa loi : la relativité du temps, nous l’avions pratiquée avec ce film qui aurait pu être prêt dix ans plus tôt...

 

La première projection publique a eu lieu lors du festival “Paris Ciné-Rail” en Février 2007. Ce qui était très troublant était d’avoir près de moi mes parents, qui étaient venus du Sud-Ouest pour voir le film. Pendant la séquence d’explication du père à son fils, j’ai pris la main de mon père et l’ai serré très fort...

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