Le Fifigrot (Groland) 2012 à Toulouse. Souvenirs.


En 20212, le magazine "Carré d'infos" interviewait les membres du premier festival "Fifigrot" depuis son installation à Toulouse. Ce fut donc mon tour : un plaisir puisque j'aimais beaucoup ce magazine, affilié à "Rue 89". Malheureusement, le magazine a cessé de paraître mais j'ai retrouvé l'entretien. (P.G. 10/2022)





Chroniqueur cinéma dans la revue Versus après avoir officier à Positif ou Nulle par ailleurs, pierre Gaffié, membre du Grosjury, aime aussi passer derrière la caméra. Il a notamment réalisé « La ville aux murs dauphins » sorti l'an dernier. Celui qui partage sa vie entre Toulouse et Paris aime aussi les belles citations et la musique rock. Il souhaite longue vie au festival Groland.

Parmi tous les films de la sélection du festival, y en a-t-il qui d'ores et déjà tiennent le haut du pavé ?


Ce que je peux dire de la sélection, c'est que tous les films français sont des mises en abyme. Plus l’on s'éloigne de la France, plus les films sont candides. Si l’on regarde par exemple le film français « l'air de rien » avec Michel Delpech, on note qu'il y a un fort rapport à l'image. C'est symptomatique des films des pays riches Cela me frappe beaucoup et me gêne. Techniquement pour les films retenus, on passe d'images très primaire à des images très chiadées. Les budgets vont de un à dix. En tout cas, la sélection est diverse et donnera lieu à des discussions intéressantes.

Selon vous, qu'est-ce qu'un film grolandais ?

Le jour où l'on pourra donner une définition à Groland, Groland n'existera plus. Dès que l'on veut cibler un courant, comme ce fut le cas de la musique reggae, ils ne durent jamais longtemps. Je souhaite en tout cas à Groland d'être une passerelle et suis heureux de voir naître ce festival à Toulouse. Lorsque j'ai regardé la cérémonie des JO de Londres, j'ai été ému de voir Eric Idle des Monty Pythons chanter un air de leur film « la vie de Brian ». Mais j'ai aussi été mal à l'aise de me rendre compte que les Monty Pythons n'avaient rien laissé d'autre qu’eux-mêmes. J’ai regretté qu'ils n'aient pas fait un festival de cinéma. Jack Nicholson disait « les hippies se sont souvent éclatés mais n’ont rien construit ».

En matière de cinéma tout n'a-t-il pas était déjà fait ou déjà vu ?

Le cinéma est probablement l'art le plus créatif de tous. Et il conserve une grande liberté de ton. Avant, on projetait de produire un film sur 3 ans. Maintenant, il s'agit de quelques jours, quelques heures. Le cinéma a actuellement la même liberté de création que lorsque sont sorties les consoles d'enregistrement personnelles en musique. Mais, le cinéma est freiné par les médias. Comment expliquer qu'il y ait « la boîte à musique de Zygel » ou encore « la grande librairie » et qu’il n’y ait pas une grande émission pour le cinéma où voir par exemple Almodovar parler d'un de ses films pour dans vingt minutes ? Probablement parce que les chaînes investissent beaucoup dans le cinéma. Je suis hyper optimiste pour le cinéma. Un jour, un libraire m'a dit il y aura toujours des librairies mais y aura-t-il toujours des électeurs ? Je me pose la même question.

Donc il y a de l'avenir pour le cinéma ….

Les grandes salles de cinéma sont comme des hôtels : standardisés. On paie une prestation, et une grande partie de leurs bénéfices sont tirés de ces petits machins sucrés qui rendent obèses... En revanche, les festivals, c'est le camping. On prend plus de risques, il y a plus de bruits, c'est plus aventureux. Comme les festivals de rock dans les années soixante. Des stars de la musique se sont vraiment révélées sur scène. Certains de ces films projetés en festival entretiennent la cinéphilie. De nos jours, pour moi, la cinéphilie est dans les festivals.


Vous sentez-vous Grolandais ?

Je n'ai pas et je n'ai pas la télé. Jean Dubuffet a dit « une grande œuvre d'art doit à la fois faire un peu rire et un peu pleurer ». Si je me sens un peu grolandais, c'est pour cette rupture de ton dans nos vies. Car « il n'y a pas de gens équilibrés, que des équilibristes » disait l’autre. Groland a un côté doux amer, pudique aussi. Comment dans « Heavy Girls », un film de la sélection ou lors de certains passages, des spectateurs se sont mis à rire aux éclats tandis que d'autres au même moment étaient graves. Ça clive. En ce sens je me sens grolandais.




De l'espoir pour une prochaine édition toulousaine du festival Groland ?

Je pense que pour la deuxième édition, il faudra prévoir des prix d'interprétation masculin et féminin. Les festivals l'oublient souvent la première fois. Ici, cela prend son sens car le festival met en exergue des talents méconnus, parfois amateurs. Cette année, si je devais le donner, je l’attribuerais à Natacha Koutchoumov dans « Opération Libertad ». Je l'avais trouvée superbe dans ses précédents films. Là, je ne l'ai pas reconnue de suite avec son air fermé et sa teinture brune. En tout cas, c'est merveilleux que le festival Groland puissent à la fois être populaire et exigeant. C’est ce que j’en attendais. Groland permet une démocratisation du ciné, alors que c'est un art très codifié, Institutionnel. Dans le « Grand Soir » Dupontel explique qu'il y a que « les fils et filles de » qui compte. Il y en a beaucoup dans le cinéma et Golan a l'antidote à ça.

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