Le cinéma "ABC" de Toulouse fête ses 60 ans... Souvenirs de Godard, Piccoli et... Ferris Bueller.
- montage47
- 16 févr.
- 3 min de lecture
Le cinéma "ABC" est associé à des souvenirs très personnels. Animateur de radio libre et locale, près de Toulouse, les invitations à voir les films en avant-première, ou à interviewer des vedettes (plus bas Michel Piccoli et Jean-Luc Godard) représentaient quelque chose pour le jeune homme que j'étais. Pour la venue de l'acteur, un déclic intérieur s'est produit. Participant à la conférence de presse (le jeune homme avec des cheveux, sur sa droite, c'est moi !), j'avais été surpris par le côté assez ronronnant des choses. C'était donc ça une conférence de presse ? Déception... Je m'apprêtais à rentrer chez moi (chez mes parents !), quand dans la rue, j'ai senti une sorte de manque, un des plus sûrs indices d'un appel à être courageux. Je suis reparti à l'ABC et ai demandé au directeur, Mr Simon, si Mr Piccoli était toujours là et s'il accepterait un entretien en tête-à-tête. On est très culotté à 18 ans. La réponse fut "oui" et me voici à interviewer un de mes héros pendant 45 minutes. Je n'en revenais pas. Bien sûr, mes questions n'étaient pas toutes très pertinentes, mais quelque chose en moi a bougé : "Je peux le faire !". Cela a sans doute déterminé, comme un caillou du petit poucet, une partie de mon chemin télévisuel par la suite.

C'est en allant découvrir "Stranger than paradise" de Jim Jarmush, dans ce cinéma, que j'ai compris aussi ce qu'était une "hype". Le film me laissait totalement de marbre alors qu'il rendait fou (au bon sens du terme), mes collègues de la fac. Ma réaction ne s'est jamais démentie vaiment, j'ai toujours un peu de mal avec Jarmush.
La venue de Jean-Luc Godard fut très intéressante (c'était pour "Je vous salue Marie"). Salle bourrée à craquer, et découverte que les talents de l'homme tenaient autant du stand-up (même s'il était assis) que du créateur. On ne sentait pas, dans ses prises de paroles, que c'était lui qui avait réalisé "Pierrot le fou" ou "Le mépris". C'était assez anecdotique finalement. On parlaut pas mal d'argent, de Truffaut (qui venait de mourir...) et Godard a même envoyé une petite pique à Alain Delon ("Il réussit moins bien que Clint Eastwood je trouve !"). Eclats de rire. Etrange quand on sait que 5 ans après, Delon et Godard tournaient ensemble. Ce jour là, je découvrais également que plus une salle est captivée par l'aura d'un.e invité.e, moins les questions sont bonnes. La déférence paralyse le jugement.

Enfin, autre anecdote : Pierre Bachelet était à Toulouse, et ce que j'ignaorais, son oncle n'était autre que le directeur de l'ABC. Le célèbre chanteur m'a demandé un conseil de film à voir dans l'après-midi, en attendant son avion pour Paris. Je lui ai conseillé "La folle journée de Ferris Bueller", de John Hugues, que j'adorais. Bon... Une semaine après, Mr Simon me dit : "Dites donc, le film que vous avez conseillé à Bachelet, ça lui a pas du tout plu !".

C'est aussi à l'ABC que j'ai présenté pour la première fois un de mes films ("1 franc") à un public. Ce court-métrage surréaliste, avait été tourné à 45 kilomètres de là, à Revel. Cela fait très drôle quand on passe de l'autre côté du miroir, d'interviewer à interviewer, on perd sa virginité pour la seconde fois.
Bravo à l'ABC d'avoir tenu toutes ses années, quand on sait que 6 salles de cinéma Toulousaines ont fermé depuis...






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