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Différent production par Pierre Gaffié

Un journaliste en herbe, stagiaire, souhaitait connaître la philosophie de "Différent productions".


De quelle volonté est née la création de Différent Production ?

Différent production est née d’une envie d’indépendance, notion très floue bien sûr, mais qui pour nous se définit par la liberté créative. Les artistes, jeunes ou aguerris, acquièrent leur art en se trompant, en s’égarant, pour mieux se perdre et finalement se trouver. Aujourd’hui, à la radio, l’auto-tune règne en maître ce qui démontre la supériorité des diffuseurs sur les créateurs, ce qui est un non-sens. Nous cherchons à produire des films « bio », sans trop d’appel à des effets spéciaux inutiles et souvent faits pour masquer de pauvres scénarios. En tant que fondateur de « DIFFÉRENT » (avec Marilia DELOISON), j’ai réalisé un jour que le mot « IMAGE » est l’anagramme du mot « MAGIE »? Faut-il en rajouter plus ?

Quel est l’intention derrière vos productions ?

Est-ce une intention ? Ou une attention ? Celle portée à des scénarios (et Dieu sait qu’on en reçoit) qui ne soit pas des pastiches de films déjà faits. Celle portée à des comédiens, qui peuvent ne pas être dans l’air du temps, mais, réunis ensemble, font une tambouille incroyable. Pour moi, l’appel à des acteurs très connus dans des courts-métrages n’est pas forcément souhaitable, même s’il y a des exceptions. Nous cherchons les symbioses entre un rôle et un comédien. C’est un processus assez banal, mais je pense que nous le faisons parfois de façon très risquée.

Notre intention est aussi de faire passer des messages, qui soit des massages pour l’esprit et les yeux. Le cinéma ne doit pas tant « ouvrir les yeux » comme on dit, que les masser et les malaxer. Les yeux sont très agiles, mais beaucoup d’yeux sont rivés sur « Candy crush », et faire des films singuliers peut être déroutant quand ils sont pensés pour le grand écran.

Notre intention est aussi de « tenir » les films, c’est à dire permettre aux cinéastes (fictions, documentaires) de retoucher leurs films plusieurs mois, voire années après leurs sorties.

« Même une horloge cassée donne l’heure deux fois par jour » dit le proverbe. Parfois, on pense faire un film pour tel type de festivals, et ça ne marche pas. Et deux ans après, une plateforme de VOD vous dit qu’elle aimerait le prendre en mandat ! Un film est comme un chat il a 7 vies…

A quoi voulez-vous que ressemble Différent ?

A un lieu d’accueil, sans discrimination… A une entité qui veille sur le confort des cinéastes, qu’ils s’embarquent sur un documentaire intimiste ou une comédie de fiction pure et dure.

Depuis deux ans, nous avons des demandes inattendues : filmer des concerts par exemple, avec des artistes merveilleux (Pauline Croze, Mayra Andrade). Cela est possible parce que les maisons de disque ont vu nos fictions et notre manière de travailler. A titre personnel, et depuis longtemps, je trouve qu’une équipe mixte est très féconde. Hommes-Femmes sont plus grands quand ils ne sont pas en clan. Lors de notre premier film comme producteur (« La fille du hasard »), nous avons, en accord avec le réalisateur, appelé la Fémis, pour chercher des directrices de la photo diplômées plutôt que des hommes. Le film parlait d’inceste, et il fallait un regard attentif sur les images de la jeune femme victime.

Dans « Des hommes et des dieux », Xavier Beauvois a fait pareil : c’est une femme qui tenait la caméra au milieu de tous ces hommes au destin tragique…

Dans les années qui viennent, nous allons aussi nous orienter vers des séries de programmes courts thématiques, destinés à la télé, mais sans vendre notre âme aux box :)

Qu’est ce qui vous touche dans le choix d’un scénario plutôt qu’un autre ?

1/ Les ruptures de ton.

2/ Les fins assumées

3/ La liberté dans les dialogues. Mieux vaut le silence qu’une réplique inutile…

Pierre GAFFIÉ, 10 décembre 2020


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