Critique du film "Didou et Dedette" de Dominique POZZETTO

Dernière mise à jour : 9 nov.



« Didou et Dedette » est un film particulièrement touchant avec plein d’humour, de vie et d’émotions. Ces deux femmes, émeuvent leurs spectateurs, parfois même jusqu’aux larmes.

Ce film, pouvant la fois être un documentaire et une tranche de vie, vous permet de suivre leur quotidien. Suivez ces deux tantes, toutes les deux très touchantes et de forts caractères, sur 15 ans de leur vie.

Une heure de film, c’est le temps qui vous suffit pour avoir l’impression d’avoir vécu avec elles, et d’avoir été un de leurs plus proches parents.

Beaucoup seraient surpris de la mauvaise qualité visuelle et sonore et beaucoup changerait de film en cours de route, mais ce serait passer à côté de l’essentiel et d’une très belle œuvre cinématographique. Regardez-le jusqu’au bout même si vous avez l’impression que ça n’a pas un grand intérêt au premier abord.

Ne regardez pas ce film sur la manière dont cela a été filmé, ne regardez pas la manière dont le son a été enregistré. Focalisez-vous plutôt sur le fond et sur ce que ces images traduisent, ce qu’il y a de plus beaux à regarder : la beauté humaine.





La première chose à savoir est que ce film repose uniquement sur des images d’archives. Les images sont de basses qualités, témoignant de l’époque dans lequel ce film a commencé ; les premières images datant de 1999.

Le fait d’avoir réalisé un film entièrement sur des images d’archives nous permet, de replonger dans une époque qui n’est pas la nôtre et d’en apprendre un peu plus.


Ce film prend un aspect très documentaire puisqu’elles sont le témoignage d’une époque révolue. On ne voit pas année par année ce qu’elles vivent au quotidien, on saute d’une année à l’autre et de manière générale on saute de deux ans. Dans ce qui nous est montré et raconté, on découvre ce qu’elles ont vécu dans leur passé et les grands évènements qu’elles ont vécu au moment où cela s’est déroulé :

Notamment le 11 septembre 2001, elles nous racontent comment elles ont vécu la guerre et les bombardements de la seconde guerre mondiale. Elles étaient les témoins de cette histoire et l’une d’elle nous raconte cela comme on pourrait l’entendre dans un documentaire.

« - Tu les as vu, toi aussi, les bombardements à St. Etienne ?

- Oui, bien sûr. Il y a eu des bombes par-là, il y a eu des bombes atomiques. Ça faisait pas rire, ça pétait de tous les côtés. On nous amenait tous les gens qui sortaient des débris […] »


Lorsque l’infante Beatrice de Bourbon d’Espagne, meurt, le 22 novembre 2002, on découvre qu’elles ont eu une relation privilégiée grâce à leur tante et comment elles l’ont entretenue. De ce fait, on rappelle l’histoire de l’Infante et les dates clés de son histoire. Tout nous est dévoilé.

Cela ressemble d’autant plus à un documentaire qu’il est illustré par des vidéos, totalement authentiques de l’époque. Par exemple, lorsqu’elles témoignent de ce qu’elle a vu pour la seconde guerre mondiale, des vidéos d’explosion et de bâtiment en ruine nous sont montrées. Pour l’infante, on voit des vidéos de son mariage et des photos d’elle en tenue royale.







Ces images et la manière dont on suit ces femmes donne plus l’impression de voir des souvenirs de famille qu’un véritable film.

En effet, dès le début, nous voyons le neveu de ces deux femmes, Dominique, tester sa nouvelle caméra, caméra qui le suivra pendant plusieurs années. Ils testent les différentes options de sa caméra. Il se filme lui-même dans un miroir, Didou et Dedette essaient, elles aussi, de comprendre comme elle fonctionne. Ce début ne correspond en rien à un film. De plus, ces deux femmes ne voulaient même pas être filmées à l’origine. C’est typiquement ce genre d’images que chaque famille pourrait être amenée à retrouver dans des vieux cartons.

Cependant, c’est cette spécificité qui fait tout le charme de ce film. Il ne ressemble à rien de ce qu’on aurait déjà pu voir au cinéma. Nous savons de ce fait que ce film est cent pour cent authentique, ce qui implique le spectateur d’autant plus dans la vie de ces femmes.

Accompagné par la voix de Dominique, l’homme qui aura filmé Didou et Dedette tout du long, nous raconte comment elles étaient, comment elles se comportaient avec les autres, quelles étaient leurs habitudes, leurs activités etc… Finalement ce film nous raconte qui elles étaient, comme on pourrait expliquer à un enfant qui étaient ses arrière-grands-parents. C’est en ce sens que nous avons envie d’écouter leurs histoires. La manière dont est conté le film joue en ce sens.

La musique qui nous accompagne tout du long nous permet de comprendre à quel point elles étaient dynamiques et joyeuses. C’est une manière très subtile de nous en apprendre un peu plus sur ces femmes.



Tout le long de ce film, on s’attache à elles. A travers la caméra de Dominique, on ressent tout l’amour et l’affection qu’il leur portait. Cette affection, transpirante dans ces images, nous touche profondément, nous sommes attendris par ces femmes. On vit avec elles tout le long du film : on écoute leurs querelles ; on assiste à leurs commérages ; on les voit manger, ; on part avec elles en voyage ; on les voit faire la dictée à leur petit neveu etc… C’est toujours filmé de telle sorte que l’on pourrait presque finir par croire que nous sommes avec elles. Ces deux hirondelles s’adressent directement à nous, elles nous parlent et elles nous regardent. Nous sommes devenus acteurs de ce film et non simple spectateur. Ici, le quatrième mur n’a comme jamais existé.

Ce film nous donne beaucoup de joie en le voyant, on rit avec elles, on sourit quand elles se querellent. On vit cette histoire à travers Dominique. Le spectateur est devenu Dominique.

Mais si on assiste à leur vie, on assiste aussi à leur vieillissement et au début de la maladie. Plus on avance dans le temps et plus on a de l’empathie pour ces deux hirondelles. Ce que Dominique ressent nous le ressentons. Le spectateur ne peut plus se détacher de l’affection développée envers ces femmes. Lorsqu’arrive les derniers moments de leur vie, où chacune ne peut plus être indépendante, le spectateur peut ressentir comme un couteau dans le cœur, on s’approprie les sentiments d’un autre. Vous assistez à la fin de leur vie avec beaucoup d’amertume comme si finalement vous étiez réellement devenue un membre de la famille.

Cette peine est renforcée par l’annonce de leur mort, le soudain vide de leur maison et la solitude de Dominique dans ce qu’était la cuisine.

Le gros point fort de ce film est l’émotion qu’il dégage. Nous ressentons beaucoup de joie en apprenant à les connaitre mais aussi beaucoup de peine en les voyant s’éteindre. Regarder ce film c’est le vivre intensément. Finalement vous êtes content de les avoir rencontrés, même si cela n’a duré qu’une heure…



Ce film est un très bel hommage à ces deux femmes, ces deux forces de la nature, dont la vie a été joyeuse et pleine d’entrain jusque dans les dernières années de leur vie.

Critique de Justine VALLETTE

 

Regarder le film :




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