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Charles Baudelaire et Antoine Duléry : la rencontre

Il y a quelques années, l'attaché de presse du film "Les fleurs du mal" de Jean-Pierre Rawson, m'a demandé de réaliser les entretiens avec l'équipe du film pour le dossier de presse. Nous allons, sur ce blog, vous les proposer, une par une. Et pour commencer, celle d'Antoine Duléry, acteur débutant à l'époque...

Pierre Gaffié

Enfant, Baudelaire voulait être « tantôt Pape, tantôt comédien ». Et vous ?


- J’ai rarement voulu être Pape. Jusqu’à 16 ans je n’ai fait que du dessin, mon pere dessinait, ma grand-mere était peintre. Mais c’est un grand-pere comédien ( il travaillait au « Français » notamment ), qui m’a sans doute insufflé l’envie de la comédie. Aujourd’hui, après le théâtre, et quelques experiences TV, je suis content de mettre le pied dans le cinema. Alors, Pape oui, mais sur la scène. D’ailleurs, sitôt qu’il enfile sa mitre, le Pape aussi joue un rôle. Comme disait Guitry, tous les hommes sont des acteurs, sauf quelques comédiens.


Quand un cinéaste arrive et vous propose de jouer Baudelaire, jamais incarné au cinéma, quelle angoisse surgit la première ?

- Celle d’incarner une star, mondialement connue, et qui, depuis les portraits de Nadar ou Carjat, est très identifiable visuellement. Le doute n’est pas « SERAI-JE ASSEZ RESSEMBLANT » mais plutôt le public se reconnaitra t-il dans ce Baudelaire ? Problème que l’on n’a pas quand on joue Felix Martin, flic à la DST.

Alors je suis le premier à l’incarner, c’est une lourde responsabilité! . Il y avait comme un oeil de l’au-delà : c’était un homme morbide, automnal, comme les temps que nous vivrons bientôt, et pourtant on a pas l’impression qu’il soit mon: ses écrits trop modernes pour ça.



Baudelaire était quelqu’un qui en rajoutait. Cela donne envie de jouer ses excès ou au contraire de les canaliser ?


- Si nous avions abordé une autre période de sa vie j’aurais sans doute et sans grande gêne joué la caricature. Mais ce procès était un déshonneur total pour lui. Malgré les moments ou il fait un peu « LE BEAU », quand il parle du vin, du haschisch, il était très malheureux. En rajouter m’aurait éloigné de la vérité. Baudelaire disait « LE DANDYSME, c’est l’art aristocratique de déplaire ». Ce dandysme , je l’ai incorporé dans la posture physique : Un homme droit, qui assume meme quand au fond de lui il flanche complètement.


On vous a déjà dit que vous lui ressembliez ?


- Au lycée, un camarade me parlait de nos regards. Celui de Baudelaire est fascinant, c’est un regard sur l’intérieur sans doute dur à supporter . C’est un regard sur les autres, mais qui est déjà d’ailleurs.


J’ai vu la caricature que vous avez fait de lui. Vous avez dessiné un Baudelaire très sombre. Dans le film j’ai ressenti un homme sûr de lui.


- Il était totalement ambigu. « Entre Dieu et Diable il faut choisir » disait-il. Et il n’arrivait pas à choisir entre la haine et l’amour pour sa mère, la jalousie et le « Rien à foutre de ce type » pour Victor Hugo, entre les Couvertures de journaux et le « On va tous crever. A quoi bon la postérité ! »

Dans une très belle lettre, il écrit « Ne t’inquiètes pas maman la postérité me donnera raison »: Si par moment, il semble heureux de ce procès c’est qu’il est l’homme de tous les atermoiements, d’une vie en forme de doute permanent. C’est ce qui le rend attendrissant.


Comment s’est fait le travail sur la voix ? Avec plus d’intuition que de recherche ?


- Je ne voulais pas trafiquer ma voix. Je me suis dit qu’il était certainement très cynique et que ses phrases allaient droit au but. Pour le procès comme son regard le laisse entendre. J’ai pensé à Marcel Herrand jouant Lacenaire dans les « ENFANTS DU PARADIS ».


Excepté deux petits rôles dans « COMEDIE D’AMOUR » et « BLANC DE CHINE » vous venez du théâtre ou vous avez travaillé avec Francis Huster. Par ses scènes de tribunal, « LES FLEURS DU MAL » devaient être une bonne transition ?


- Exact. Mais tout en cherchant la sobriété, et en évitant de tomber dans l’emphase, dans l’ambiance Rideau Rouge. J’ai beaucoup travaillé avec Jean Pierre la-dessus.


Vous aviez peur que le film donne une image trop « ado » de Baudelaire ?


- De nombreux sondages montrent qu’il est leur poète préféré. De meme qu’en prison, les deux vedettes littéraires sont Charlie Bauer et Charlie Baudelaire !

Malgré toutes les photos ou il semble marqué par la vie, Baudelaire reste très proche des jeunes. Le parti-pris de Jean Pierre va dans le bon sens.


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