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entretien avec Manuela FréSil

Qu’est-ce qui fait avec quelque année de recul, que vous soyez devenu cinéaste, et pas expert-comptable ou biologiste ?

 

Parce que je suis dyslexique et donc je n'avais pas beaucoup de choix, je pouvais être actrice ou actrice.

 

Pourtant il y a des fois, des cinéastes dont la caméra tremble ? 

 

Mais je ne tremble pas, je confonds les lettres et les chiffres.

 

Manuela Frésil, votre personnage site Charlie Chaplin, les temps moderne, on a l’impression qu' un siècle plus tard, non seulement c’est pareil, mais c’est pire ?

 

Oui je pense que c’est pire, que la rationalisation de travail a restreinst encore plus que dans les temps moderne, les moments où ont peut échapper à la mécanique, c’est un processus de défense à l’écriture cinématographique du film. Je ne l’ai pas analysé comme ça,il ne fallait pas être redondant à la mécanisation et au choc, il fallait monter des plans long, il fallait jouer des durées, et il fallait aussi jouer l’horizons, c’est pour ça qu’ il y a toujours la présence de la mer. Ces abattoirs sont dans le grand Ouest, ils ne sont jamais très loin de la mer, et c’était très important, qu’il y ait toujours la présence de la mer dans le rêve des gens, parce qu'il faut avoir un horizon, et la mer a incarné ça.

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Votre voix très frêle, montre une réalité très dure. Vous avez  travailler 7 ans sur ce film, 7 ans de réflexion ?  Est-ce qu’on écrème, est-ce qu’on insiste sur le propos ? Comment se passe l’élagage en terme mécanique ?

 

Vous parlez d'écrémage. Oui c’est un film qui se fait ainsi, c’est sa matière sa technique. Je suis monteuse à la base, et je sais qu’on peut construire des espaces cinématographiques à partir d’éléments disparates. J’ai commencé par ça, par faire des entretiens avec les ouvriers d’abattoir, très long, j’en ai fait 80 qui durent à peu près 2 heures. J’ai tout transcrit, et cette parole orale est devenue texte, et je savais bien dès le départ que cette parole avait une valeur littéraire importante. C'est très beau la manière dont les gens pensent leurs travails, c’est ça qui m'a décidé à faire le film.

Je pense que c’est aussi un système de défense de leurs parts: résumer, faire le récit de ce qui ce passe, ça donne cette parole littéraire, quant on la voit écrite, ou l’entend dite, devient presque de la poésie ou de la pro poétique. L’idée c'était de parvenir à condenser ça. De ces 80 entretiens j’ai tiré un texte qui dure 1h10, 1h20 avec des personnages composés. Les gens que l’on entend ce ne sont pas des gens qu’on voit, c’est toujours remis en scène et décalé, il y avait deux interdits, je ne pouvais pas films les gens en direct, parce qu’ils n'acceptent pas qu’on les voient, ça mettait en péril leurs emplois, et l’autre chose, je savais que je ne rentrerais pas dans un abattoir, parce que personne ne me laisserais rentrée suffisamment longtemps pour pouvoir filmer tout ce que j’avais a filmé. J’ai été obligé de faire un film fabriqué, ses un film puzzle, et ce qui aurait pu être au départ un vrai handicap et devenu une liberté. Il y a eu beaucoup de temps d’écriture, parce qu’il a fallu réduire cette voix, et puis les images c'est pareil, on allait tourné dans les abattoirs. Les abattoirs je n’ai pas de scrupule à y tourner l’un ou l’autre puisque c’est tous les même modèle, je peux passer de l’un à l' autre sans que ça se voit.

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Je suppose que pour beaucoup de gens, qui ne sont pas familier avec le monde de la viande, peut-être même dans les jeunes générations, ils doivent se demander pourquoi tout ça c’est en Bretagne ?

 

Parce qu' à la fin de la guerre, l’Est de la France a été assez enclavé et que la Bretagne est partie tête bêche dans ce qu’on appelle le modèle breton, qui est le modèle de la culture intensive et d’élevages intensifs. Aussi parce que les ports, ne sont pas très loin des explorations, ça permettais de faire venir l’aliment qui est, essentiellement du soja qui vont du Brésil et de l’Amérique du Sud assez vide sur place, ça permettait de créer du hors sol complètement, de produire de la viande hors sol, c'était plus compliqué dans d’autres régions, ce qui s’est passé entre les années 50 et maintenant, c’est le mouvement qui été de faire venir les animaux dans les villes pour être abattu et consommé, on a préféré tuer les animaux là où ils ont étaient produit, et après on transporte tout ça avec des camions frigorifique.

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Quand on travaille pour le cinéma, avec une production j’imagine, honnête et indépendante, sur un sujet pareil, comment fait-on pour avoir l’assentiment et la confiance de ceux qu’on interviewe, ou que l’on montre  ?

Le pacte était clair : quand je leur ai proposé de participer à ce film, je me suis adressé à des syndicalistes. Ils sont venus extrêmement nombreux, ils étaient plus de 100 à cette réunion, il y avait une vraie volonté de leur part de dire ce qu’il leur arrive, parce que personne à l’époque ne le savait, on ne savait même pas ce que c’était une maladie musculo -squelettique, je n’avais jamais entendu ce mot, et j’ai commencé à parler avec eux, et j’ai entendu qu’ils tombaient malade de la matière même qu’il coupe. C’est-à-dire, qu’ils tombent malade de là où ils coupent les bêtes, puisque ils me disent : "j’ai mal au dos, aux articulations, aux os !"Ils ont désosseurs, découpeurs, ils coupent des os, des dos, des articulations, des tendons. Et là c’était clair, sur le fond de dire, de révéler quelque chose que tout le monde  ignore, on était d’accord.  Il était clair aussi, pour eux et moi que je ne pouvais pas accéder à leurs visage, ce n'était pas possible et en même temps, un film ce n’est pas de la radio, il y a des images, des visages, un moment donné j’ai été tenté de filmer que les gestes et je me suis aperçue, que ça faisait un effet contraire, ça les rendait encore plus fantomatique, il fallait assumer les gestes, il fallait assumer les visages au contraire, le pacte été claire entre nous, pour d’autres films. C’est une question de métier, si la relation n’est pas juste en terme honnêteté, de morale, et aussi de matériels, les gens ne reviennent pas, vous prenez rendez-vous le lendemain, ils ne sont pas là.

Elle est extraordinaire cette phrase, “Quand on n'est pas robot, on n’est pas que des robots, on n’est des humains”.  Évidemment il y a un volet social à votre film, il y a un salarié que l’on ne va pas pouvoir entendre, il dit que “Si on a 2 ans après le retrait, c’est bien”, il parle de 2 ans de vie ?

 

Oui il parle de 2 ans de vie, d’ailleurs il fait un lapsus il fait 3 mois eu 2 ans, quand il a dit je ne l’ai pas entendu, c’est l’ingénieur du son qui dit, "Manuela, t'as entendu ce qu’il a dit, il a dit 2 ans après la retraite !" On se prend dans le figure que le monde ouvrier est encore bien présent, dans les campagne et non plus dans les villes, et qu'il s’inscrit réellement dans les corps, dans la manière dont les gens ont de représenter leurs corps, je pense que cet homme-là a vécu plus de 2 ans.

Je jour ou l’être humain a dit que quelqu’un étais bête, il a fait le premier meurtre, finalement lexical, en réduisant l’animal à la bêtise ? je voudrais que l’on écoute un extrait, le personnage s'appelle Serge et parle du rapport à la vie.

 

Qu’on mange de la viande, ou que l’on en mange pas, d’où vient la viande ? Elle vient de l’animal. Dans votre film ce qui est frappant, qu’on oublie presque au fil des minutes, quand on fait des cauchemars ou quand on vit des cauchemars, on se réveille la plupart du temps, là on n’a l’impression qui n’a pas de réveil possible, que ce sera toujours comme ça, qu’il n’y aura pas de réveil ?

Pour les salariés, le modèle agroalimentaire, ajoute des modifications à la marche ?

 

Ce serait bien que ça change. Depuis que le film est sorti, il y a un réveil assez  brutal, c’est ce que ce système ne fonctionne plus économiquement, les abattoirs ferment les uns derrière les autres, ils ont trouvé des gens, les Allemand qui font moins cher, après les allemand se sera d’autres. Le système ne fonctionne même plus, là le réveille il est brutal, il faut que ça s'arrête. Je ne suis pas du tout végétarienne, j’aime manger de la viande, je sais qu’il y a un sacrifice, un animal vivant, puis mort. C’est quelque chose d’important, ce n’est pas un petit geste, c’est un geste fondamental, tout ce sacrifice est complètement oublier dans ce système-là, il y a que les ouvriers pour le savoir, et encore que les ouvriers qui sont à la tuerie, ce qui ne sont pas à la tuerie, ne le savent même pas. Lui il est confronté au sang puisqu' il est à la tuerie, mais les autres non.  Il y a un effacement absolu de la mort et du symbole de la mort.

Propos recueillis par Pierre Gaffié 

Et puis tout marche à l'envers. Votre film s’appelle “Entrée du personnel”, un moment je me suis demandé si ce n’étais pas ironique parce que il n’y a pas de sortie pour ce personnel, on voit une femme qui est monté en hiérarchie, elle est devenu cadre. Elle s’est rendue compte, que quand on était cadre, que l’on était décisionnaire, on n'avait plus d’amies, et qu’il fallait être sec, elle a était obligé de redescendre pour pouvoir être humaine !

 

La fin essaye de tendre la vérité, c’est vrai que tous ces gens-là ne vont pas à la retraite, ils sont fracassés avant. Le système industriel n’a même pas 40 ans, 40 ans de vie au travail, l’usine a déjà déposé le bilan, ça ne marche pas. Moi je tenais à finir ce témoignage par cet homme, qui finalement contre lui-même, à était licencié, il a était vraiment désespéré de perdre son emploi, mais très vite il a rebondi, il travaille avec son copain à faire des huitres et ses une nouvelle vie qui commence. C’est un peu une fin heureuse forcée.