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entretien avec Julie Rohart

Comment définissez-vous votre manière de travailler ?

Je travaille beaucoup à l’instinct, dans toutes les étapes de création, du casting à la livraison du projet. C’est pourquoi je répète peu car j’aime beaucoup l’improvisation. Il se passe toujours quelque chose d’assez magique lorsqu’on laisse les éléments se rencontrer, se croiser, s’apprivoiser pour la première fois. J’adore filmer ces moments là. C’est un peu comme une rencontre amoureuse, ça peut créer des étincelles ! Je laisse vraiment ma petite voix intérieure guider mes choix et lorsqu’un doute subsiste je lui laisse 24 heures de réflexion…

Quel est l’aspect de votre métier qui vous intéresse/existe le plus ?

Je crois que c’est justement les rencontres. Ça rejoint un peu ma première réponse. J’adore ce métier pour les rencontres que l’on fait, les coups de coeur artistiques, les croisées de destins. La préparation du projet est toujours un moment hyper excitant, on monte une équipe, on fait beaucoup de recherches artistiques et techniques. Et ensuite on part en tournage et là tout va très vite !

Comment avez-vous été amené à travailler avec des marques telles que Chanel, Jean-Paul Gaultier, House of Cards, Cartier, HP, Microsoft, Disney, ... ?

Lorsque j’ai commencé à réaliser, j’ai eu la chance de croiser plusieurs chemins (artistes, photographes, comédiens) qui m’ont permis de réaliser des petits projets personnels, ce qui a enrichi mon portfolio d’images de mode et de musique. En parallèle je travaillais à la production d’une société de production de comédie musicale venant de Broadway (Stage Entertainement). J’ai pu y parfaire ma connaissance du monde du spectacle et du live, ce qui m’a servi de tremplin pour basculer dans la réalisation de captation live / multicaméra. Quant à la réalisation du spot avec l’actrice Robin Wright, je crois que c’était un joli coup de chance du destin, j’étais au bon endroit au bon moment ;-)

J’ai vraiment adoré votre manière de filmer, les tons que vous donnez à l'image, etc. Comment vous vient l’inspiration pour réaliser un film, un clip, les idées de cadrage, d’éclairage, etc ?

Je regarde énormément de films mais aussi beaucoup de photographies, des clips, des comptes instagrams, des livres de photographes. La photographie est une inspiration majeure. J’aime énormément le travail de Saul Leiter et Todd Hido. Leurs travaux se retrouvent très souvent dans mes moodboards pour les projets. Je prépare ces planches pour illustrer à l’équipe, aux artistes et au client la direction artistique du film. Un autre élément majeur dans mon travail d’inspiration: la musique. J’écris constamment en musique, il y a des centaines de playlist dans mon smartphone. Elles correspondent toutes à un projet en particulier. Pour une fiction, chaque scène a une musique de référence que j’écoute en boucle en l’écrivant (même si cette musique ne se retrouvera pas forcément dans le film). C’est une manière pour moi de me créer une bulle (musicale) d’écriture.

Comment définiriez-vous votre style de réalisation ? Si on peut le définir.

Question difficile car je crois que je suis constamment en mouvement :) Peut être que ça se voit justement dans mes films, j’aime que la caméra soit constamment dynamique, la laisser flotter pour filmer des personnages en recherche, en évolution, en progression. Avez-vous déjà eu une collaboration marquante dans votre carrière ? Il y a trois ans, j’ai eu l’opportunité de passer trois semaines sur la tournée de Roger Waters au Canada pour la société VYV. Je suis partie seule avec une caméra pour réaliser un petit documentaire sur place. J’ai rencontré une équipe de passionnés, généreux et très talentueux. J’étais dans une période de doute professionnel à cette période et cette expérience m’a clairement permis de sortir de ma zone de confort et me redonner une motivation sans limite. Quelqu’un qui voudrait devenir directrice/directeur de la photographie, qu’elle parcourt lui conseillerez-vous ? Je pense que c’est un métier où il faut être constamment curieux artistiquement mais aussi techniquement. La technologie évolue extrêmement vite et nous offre des nouveaux jouets constamment :) Je ne pense pas qu’il y ait un parcours prédéfini. Je travaille avec des chef/fe opérateurs/trices qui ont fait des écoles complètements différentes et qui sont tous autant talentueux et compétents. Je pense qu’il faut rencontrer des anciens élèves et leur poser des questions pour se décider sur le choix de l’école. Aussi il faut énormément pratiquer. Aujourd’hui on peut faire un film à l’iPhone. C’est en pratiquant qu’on apprend le mieux.

Il y a des films dans l'histoire du cinéma dont la lumière vous a particulièrement marquée ?

J’aime énormément l’esthétique des films (et clips) de David Fincher. Le premier qui m’a énormément marqué est SEVEN. Les choix de lumière sont incroyables. Il y a aussi le film CAROL de Todd Haynes. Il y a d’ailleurs beaucoup de références à Saul Leiter dans ce film. La lumière, les cadres, les couleurs sont d’une beauté absolue pour moi. Je suis complètement tombée amoureuse de l’image de ce film. Est-ce qu’il y a une couleur, des filtres, qui sont votre préférence ? En général j’aime les couleurs en volume, une image bien contrastée avec les noirs collés ! J’ai la chance de travailler avec une étalonneuse très talentueuse Alexandra Pocquet qui fait de la magie avec les couleurs :) J’utilise souvent (pour ne pas dire toujours) des filtres de diffusion type tiffen black satin, promist, qui donnent un aspect un peu « granuleux » aux hautes lumières.

Vous avez participé aux trois films que Pierre Gaffié a réalisés pour Jacques Dessange en 2019, quels sont les souvenirs qu’il vous reste de ce tournage ?

C’était une expérience géniale de retrouver Pierre sur ce tournage. C’est un réalisateur qui fait beaucoup confiance à son équipe et ça se sent tout de suite sur le plateau. Il a aussi cette faculté à exposer très clairement ses idées. Il sait où il veut aller tout en laissant la porte ouverte au charme de l’imprévu...

Interview réalisée par Eva Marchais, Juillet 2021

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Vous avez effectué vos études à l'EFAP, qu’est-ce que cette école vous a apporté ?

 

L’EFAP m’a permis de tester beaucoup de milieux notamment grâce aux stages professionnels. J’ai fait des stages en radio, en télé, en spectacle et dans une société de production cinéma. C’est selon moi le gros plus de l’école: son réseau. Et c’est clairement un atout indispensable lorsque l’on démarre dans ce milieu. De plus, j’y ai rencontré un groupe d’amies incroyable, nous avons un lien très fort qui est resté et qui s’est construit durant ces années à l’EFAP. Comment choisissez-vous les personnes avec qui vous collaborez ? Je travaille au feeling donc j’aime rencontrer les gens, sentir que nous avons une direction, des références et des envies communes. Je m’entoure de personne dont j’admire le travail car c’est pour moi à chaque projet, une nouvelle découverte, un nouveau challenge, une nouvelle expérience !

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Est-ce qu’il y a une couleur, des filtres, qui sont votre préférence ?

 

En général j’aime les couleurs en volume, une image bien contrastée avec les noirs collés ! J’ai la chance de travailler avec une étalonneuse très talentueuse Alexandra Pocquet qui fait de la magie avec les couleurs :) J’utilise souvent (pour ne pas dire toujours) des filtres de diffusion type tiffen black satin, promist, qui donnent un aspect un peu « granuleux » aux hautes lumières

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Il y a des films dans l'histoire du cinéma dont la lumière vous a particulièrement marquée ?

J’aime énormément l’esthétique des films (et clips) de David Fincher. Le premier qui m’a énormément marqué est SEVEN. Les choix de lumière sont incroyables. Il y a aussi le film CAROL de Todd Haynes. Il y a d’ailleurs beaucoup de références à Saul Leiter dans ce film. La lumière, les cadres, les couleurs sont d’une beauté absolue pour moi. Je suis complètement tombée amoureuse de l’image de ce film

Vous avez participé aux trois films que Pierre Gaffié a réalisés pour Jacques Dessange en 2019, quels sont les souvenirs qu’il vous reste de ce tournage ?

C’était une expérience géniale de retrouver Pierre sur ce tournage. C’est un réalisateur qui fait beaucoup confiance à son équipe et ça se sent tout de suite sur le plateau. Il a aussi cette faculté à exposer très clairement ses idées. Il sait où il veut aller tout en laissant la porte ouverte au charme de l’imprévu

Propos recueillis par Eva Marchais

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Remake de "Cher John" pour Jacques Dessange, réalisé par Pierre Gaffié, éclairé par Julie Rohart (2019)

Remake de "Casino Royale" pour Jacques Dessange, réalisé par Pierre Gaffié, éclairé par Julie Rohart (2019)

Travailler avec Julie est une expérience singulière. Elle est d'un calme Olympien, tout en dégageant une énergie latente qui pourrait faire penser à ces peintres qui regardent longuement leur toile avant de donner un coup de pinceau. A dire vrai, jamais, quand Julie fut "mon" étudiante, je n'aurais pensé qu'elle deviendrait directrice de la photographie. Elle semblait tellement à l'aise avec les mots, les idées. C'est comme si elle s'était réinventée, réincarnée. J'ai fait appel pour une seconde caméra dans "Canevas de libellules", pour une séquence de meeting. Le monteur du film, après avoir vu les rushs, m'a fait remarquer, trois fois, qu'il trouvait qu'il y avait un je-ne-sais-quoi de plus dans les images de Julie. C'est assez rare qu'un monteur dise ça. Bien sûr, je l'avais aussi remarqué, mais je n'étais pas du tout surpris. IL y a effectivement un petit plus dans les images de Julie. Quand nous nous sommes retrouvés, deux ans plus tard, pour 3 "petits" films de Jacques Dessange, tournés en 6 heures à Deauville, j'ai retrouvé une Julie bien plus sûre d'elle, avec un parti-pris auquel je ne m'attendais pas : elle préférait tourner à l'épaule que sur pieds. Ca ne me posait aucun problème, c'était même cohérent, mais elle avait choisi cette option comme un principe intangible....   Pierre Gaffié