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entretien avec Alain Félix

Pourquoi la photographie ?

Un prétexte tout simplement à la découverte du monde. Avec le temps, j'ai compris que le choix de ce métier n'est pas venu par hasard, il est le résultat d'un questionnement venu probablement de mon enfance. C'est le moyen d'expression qui s'est imposé le plus facilement à moi. L'acte photographique consiste à approcher les gens, les paysages, mais aussi les contextes dans lesquels ils s'organisent et interagissent ensemble. Il m'a permis d'aller vers les autres, de comprendre et d'apprendre ce que je suis moi-même. C'est également la mise à nu des émotions face à des paysages, des lumières ou des visages, de découvrir à la fois leur force, leur fragilité et leur beauté.

 

 Comment en êtes-vous arrivé à faire de la photographie ?

J'ai eu un parcours assez simple, car dès mon plus jeune âge je savais que je voulais être :  photographe. Après une scolarité turbulente, je me suis orienté rapidement vers l'apprentissage avec plusieurs possibilités de pratique aussi bien en laboratoire Noir et Blanc qu'en Mode et Publicité ce qui m'a donné des compétences utiles dans ma carrière. Autodidacte par nature, lorsque j'ai décidé de faire du reportage, j'ai ressenti le besoin de consolider ma propre culture, car la pratique n'était plus suffisante, il fallait comprendre le monde qu'on photographie. J'ai pris conscience que photographier n'était rien sans la culture et la compréhension du sujet sur lequel on travaille. Mon expérience,  je l'ai acquise avec mes échecs et mes réussites. J'ai toujours gardé à l'idée que la pratique de ce métier même après des années, reste toujours :

 apprendre !.

 

 Avez-vous un appareil photo fétiche ?

Évidemment, le Leica s'impose par son histoire. C'est le boitier mythique qui a été adopté par les plus grands photographes. Il est à la fois discret et peu invasif. Il est facile à transporter et plus facilement accepté  par les gens qui sont photographiés, car moins agressif qu'un boitier reflex avec ses gros objectifs. Au fond c'est une question de philosophie dans l'art de pratiquer le métier. Le seul bémol est que son prix est très élevé.

 

 Y’a t il eu un événement dans votre vie qui a réveillé votre volonté de faire de la photographie ?

Le premier déclic est venu à mes 14 ans, lorsqu'un jour, un ami de ma famille, devenu cousin par les liens affectifs qui nous unissaient est venu frapper à notre porte. Il s'appelait Pablo Navarro d'origine andalouse , il avait fait de la photographie son métier. Ce jour-là, il revenait de Paris avec un grand cartable bourré  d'images. Il avait passé une longue période à suivre des cow-boys et des Indiens qui s'entraînaient pour des tournages de film. J'étais alors fasciné par ses récits et les images qu'ils nous montraient.  C'est là que j'ai compris que ce métier était fait pour moi.

 

 C’est quoi pour vous la beauté chez un homme et  où chez une femme ?

J'ai toujours des difficultés à définir la beauté, c'est un sentiment ressenti, une émotion face à un visage, une attitude, une démarche, une gestuelle … c'est ce qui émane d'une personne qu'elle soit féminine ou masculine. Je dirai que la beauté au premier contact est d'abord esthétique de façon souvent subjective et intérieure d'une manière plus profonde et durable.

 

 Lors ce que vous devez filmer ou prendre en photo une scène spécifique avez-vous des rituels avant où partez-vous directement sur le terrain ?

Des rituels particuliers pas vraiment, disons que j'ai surtout une forme d'appréhension avant chaque reportage quelque chose comme le trac… .

 

 Qu’est ce qui vous inspire le plus pour vos créations ?

La nature le plus souvent où je retrouve une sérénité qui m'inspire, mais aussi les reportages dans ce qu'ils m'offrent en rencontres humaines.

 

 Vous est-il deja arrivé de pleurer lorsque vous capturiez un paysage ou une chose en particulier ?

Oui , il y a des paysages qui m'ont ému profondément.

 

Qu’est ce que vous préférer photographier ?

En général, j'aime tout photographier l'environnement, la nature, les humains… Ce que j'affectionne particulièrement c'est de raconter une histoire en images, un domaine que j'ai souvent pratiqué au cours de ma carrière dans le cadre de mes différents reportages pour la presse magazine et l'édition.

J'aime également me fixer des domaines plus spécialisés notamment la macro-photographie, la prise de vues aériennes …

 

 

 Qu’est ce qui est le plus délicat selon vous dans le metier de photographe ?

Tout dépend où l'on se situe. Dans l'acte photographique, la manière d'approcher un sujet est primordiale. Si on prend l'exemple d'un reportage sur l'humain, il va de soit qu'il faut être à la fois discret et à l'écoute . Il ne suffit pas de photographier, mais d'établir une relation de confiance et de bienveillance. C'est là que le relationnel est essentiel. Pour les paysages il faut savoir attendre le bon moment, jouer avec la lumière est primordial, laisser ses émotions s'exprimer.

Si l'on se place sur l'exercice du métier, quand on débute généralement on se retrouve vite face à des difficultés financières si l'on n'a pas la chance d'être soutenu. Le métier de photographe doit naître d'une passion, car le chemin est long et exigeant pour faire ses preuves. Il faut sans cesse se remettre en question et apprendre de ses échecs et au final c'est le jugement des diffuseurs, des professionnels ou du public qui vous donne l'assurance d'un travail correctement fait. Depuis une dizaine d'années l'arrivée du numérique à profondément changé notre rapport à l'image jusqu'à modifier notre manière de travailler, basée parfois sur la quantité, au détriment de la qualité. Il ne s'agit pas d'appuyer sur un bouton pour faire une image c'est avant tout un cheminement personnel et le temps d'une réflexion en prenant le recul nécessaire entre le photographe et son sujet pour appréhender l'instant où l'image sera en adéquation entre le sujet et la sensibilité du photographe.

 

 

Avez un souvenir d’une seance photo que vous avez du effectuer dans un endroit insolite ou dangereux ?

Il m'est arrivé de vivre des situations plus stressantes que d'autres, mais jamais extrêmes,  au cours de mes reportages mêmes en montagne qui est mon terrain de jeux préférés. Un des souvenirs insolite est celui d'avoir vécu l'état d'apesanteur lors d'un reportage sur l'airbus Zero G reproduisant à destination des scientifiques des vols paraboliques pour recréer cette apesanteur. Très euphorisante cette sensation de voler !!

 

D’après vous que faut-il pour réaliser une bonne photo ?

Difficile de répondre ce qu'est une bonne image.

L'image est subjective. Elle répond à une lecture que chacun se fait en fonction de sa sensibilité. Lorsqu'une image fait l'unanimité, c'est qu'elle fait la conjonction parfaite entre la sensibilité du photographe et la scène qu'il photographie,  en résonnance avec soit une actualité, un événement particulier ou un paysage spécifique.

Propos recueillis par Joana De Morais Machado.