PERSONA

Pierre GAFFIE

Producteur, réalisateur

François CHAYE

Réalisateur

Cécile DESPLANQUES

Photographe, graphiste

Quelques petites années après la photo précédente dans mon landeau à Perros-Guirrec (mon père est vraiment un cadreur de la nouvelle vague) me voici pimpant prêt à devenir... non, prêt à être surtout ! A ces âges là, l’idée même de “devenir” nous est étrangère. Autour de moi on remarque un don certain (proche de l’énigme) pour ranger chaque disque dans sa pochette, même après 12 mélanges ! Je fredonne “apprends-moi à t’oublier”, qui s’avèrera d’un bon usage pendant les 35 années suivantes.

 

Je suis né à Brive-La-Gaillarde le 13 Octobre 1964 et l’on avait demandé à ma mère d’accoucher dans un éclat de rire, ce qu’elle fit... J’ai grandis dans une famille aimante, avec 4 générations réunies dans une même maison jusqu’au jour où mes parents ont pris leur vraie indépendance. A l’école des Rosiers, je me fais remarquer par mes prises de position éthique : je n’ai pas apprécié que l’institutrice croit me faire peur en me disant que si je ne travaillais pas bien, je serais comme Joao (le Portuguais de la classe). J’ai pris sa défense et me suis rapproche de lui dès le lendemain... ON pouvait scruter à l’époque un goût certain pour la gente féminine (de mon âge !) et un sens aigü du mélodrame. (j’en sors à peine aujourd’hui)

 

Avec le recul, je suis heureux d’avoir eu des parents de deux “extractions” différentes : mon père, du Tarn, d’une famille d’artisans et de cultivateurs, ma mère travaillant dans la confection avec ma grand-mère. La rue de la république à Brive était piétonne et je pouvais dès 5 ans, sortir des “Doigts de fée” pour aller chercher des pâtisseries ou des farces et attrapes au “Nain Jaune”. A quelques mètres de là, un torréfacteur m’impressionnait beaucoup avec ses Samovar suspendus aux murs. Ma haine de ce breuvage vient sûrement de là.

 

A 9 ans direction Toulouse, la grande ville, la découverte du football (voir “L’homme aux bras d’or”) Bonnes notes, mais à quel prix. Heureusement il y avait la musique, découverte autour d’un feu de camp scout. La révélation de Peter Gabriel (solo) et de “Foxtrot” ou “The lamb lies down on Broadway” (Genesis). Amour éperdu pour une jeune fille Tunisienne, assise devant moi. Comme elle me demandait mes dissertations pour l’aider, je mettais quelques fautes d’orthographe juste pour avoir son écriture dans les marges. Apprentissage de la souffrance amoureuse... Qui se résorbe beaucoup mieux qu'on croit...

 

Alors oui, le bac, le bac. Un prof de philo inspiré me parle d’images subliminales disséminés par les publicitaires, ce qui renforce ma haine du mensonge, des médias sans contrôle et de l’absence d’éthique. Comme l’a écrit Louis Buss dans “Le luxe de l’exil” : “La vérité, c’est la mort du commerce”. J’ai 18 ans, je suis grand...

Ce dessin, qui m’a été offert par Charlélie Couture en 1992, capte étrangement, jusque dans son titre, une facette importante de ma personnalité qui est celle de pouvoir regarder, mal mais longtemps, bien mais profondément... Je suis d’ailleurs curieux du fait que la langue Anglaise dise “Regards” pour dire “Amitiés”.

 

Bref... Vers l’âge de 12 ans, j’ai commencé à me replier et à me sentir moins à l’aise dans l’action. Le cinéma s’est montré dans ma vie la veille de mon entrée en terminale, après qu’un problème de transmission TV avec la Bulgarie ou la Yougoslavie interrompait le match de football que j’attendais avec impatience. Le film était “La meilleure façon de marcher” de Claude Miller et, même si je ne suis pas dupe, 20 ans après, des raisons pour lesquelles ces 100 minutes ont pu me frapper, il n’en demeure pas moins que cela a été le déclic. Jusque là, je m’ennuyais aux films que j’allais voir -parce qu’il le fallait- avec les copains. Des trucs comme “Les aventuriers de l’Arche perdue” que je trouve toujours un film abject et qui a sûrement fait perdre 25 ans dans les rapports entre les civilisations.

 

Au moment de m’inscrire en fac (à Toulouse) et ayant senti que de toutes façons la radio (j’étais animateur depuis quelques semaines) et le cinéma allaient être de sérieux concurrents, j’ai décidé de prendre un dé (à jouer, pas à coudre) et de donner à quatre de ses faces des inscriptions possibles. J’ai jeté le dé et ai suivi ses indications : philosophie... 5 ans sur les bancs avec quelques professeurs charismatiques, cinq ans à essayer de joindre les deux bouts de mon emploi du temps, entre les émissions à enregistrer et les dissertations à préparer.

 

Faire de la radio, à vingt ans, correspond forcément à l’expression d’un problème de communication avec les autres... proches. Comme on ne parvient pas à s’exprimer comme on le souhaite, on trouve un medium pour dire les choses autrement. Dans le meilleur des cas, animer une émission de radio est comme écrire une autobiographie. C’est à la fois une volonté de toucher l’autre mais aussi la preuve qu’on ne peut pas le faire simplement... comme tout le monde.

 

Je crois que c’est Fiona Apple qui a dit que l’Internet était “la réponse de l’humanité au S.I.D.A”... Derrière cette phrase provocante se cache un fond de vérité...

Après avoir présenté pendant deux ans les chroniques cinémas de l’émission La vie à plein temps sur France 3, Canal + m’a contacté à Toulouse pour faire la même chose dans Nulle part ailleurs dont c’était la deuxième saison. La photo a été prise à l’Automne 1988, avec comme invité Jean Rochefort. L’arrivée à Paris, qui s’est accompagné (comme par hasard...) d’un grande mutation affective s’est bien passée, même si elle représente évidemment un changement net.

 

Ah “Nulle part Ailleurs”... Tellement de choses à en dire... Tout d’abord la manière dont j’ai décidé d’aborder la rubrique : je ne voulais pas avoir de notes devant moi, posées sur la fameuse table triangulaire de l’émission. Je préférais les risques du direct. Je passais les jours qui précédaient mes interventions à stocker des idées dans ma tête, en fonction non seulement des films dont je parlais mais aussi (plus rarement) de la personnalité de l’invité(e).

 

Le jour “J”, je restais seul et commençait à écrire sur des feuilles blanches pendant le repas de midi. A l’époque je vivais rue Bobillot (place d’Italie) puis près du Parc Montsouris, et je pense avoir fait la majorité des restaurants du quartier (toujours sans viande !) sans que les patrons ne se doutent de quelque chose. Pourtant juste avant le dessert, je commencais à apprendre mon texte, à chercher le mot juste, à “sentir” ou pré-sentir ce qui pouvait être à la fois, vrai, sincère et efficace. (cela restait de la télé). Jamais, je n’ai adapté un film à mon désir d’être personnel et iconoclaste (“celui qui casse les icônes”) mais toujours j’ai cherché le meilleur moyen de surprendre le téléspectateur y compris avec des films inattendus. Les médecins disent “primum non nocere”, pour moi, c’était “primum non ennuyer”.

 

Ma fiancée me disait souvent que l’émission était moins regardée que nous le pensions, ce qui était très vrai. Mais il y avait une telle attente autour de Nulle Part Ailleurs... J’ai signé des autographes à mon plombier, à un chauffeur de taxi et même en Gaspésie, au Québec. J’ai cotoyé dans l’émission des gens humainement intéressants (Phiippe Gildas, Annie Lemoine, Alexandre Desplat, Albert Algoud). mais ma candeur en a pris un coup quand je me suis rendu compte qu’il y avait dans le public des gens payés pour rire aux blagues de certains animateurs...

Cette photo du ponton d'un célèbre hôtel de Cannes a été prise en 89 ou 90, juste avant l'une de mes interventions cinéma en direct sur "Nulle Part Ailleurs". A l'époque, la chaîne ne descendait pas en "meute" sur la Croisette. Je me souviens d'avoir animé les chroniques en 89 avec Zabou (future Breitman), et en 90 avec Richard Bohringer. Comme pour les émissions faites en studio à Paris, je préparais mes textes seuls, soit dans la chambre d'hôtel, soit en marchant sur la plage un peu à l'écart.

 

Un de mes souvenirs préférés est l'émission où j'ai parlé du film de Godard "Nouvelle Vague", au moment où Delon montait les marches presque simultanément. Je ne pense pas qu'il aurait aimé ce que j'ai dit à ce moment là...

 

A côte de moi, sur le plateau, il y avait Ben Gazzara et Daniel Lavoie, qui a d'ailleurs eu une grande importance puisqu'il m'a conseillé d'écrire des scénarios, ce à quoi je n'avais pas vraiment pensé auparavant.

 

J'ai aussi un bon souvenir d'une émission où l'invitée était Irene Jacob. Ma chronique du jour n'avait qu'un intérêt moyen, et Michel Denisot m'a dit (pendant la diffusion d'un extrait de film) qu'un reportage avait été fait le jour même lorsqu'on m'avait remis le prix du critique cinéma "Jeune et brillant" (on ne rit pas !). Je vous jure que dans les 10 secondes pendant lesquelles il me fallait prendre une décision sur a) diffuser cette remise des prix ou b) parler d'un des films de la compétition... j'ai réellement hésité. Ma conscience d'humble professionnel m'a presque fait opter pour la deuxième solution, mais j'ai finalement choisi la première. Pour la plus grande joie de mes parents...

Cette photo a été prise après une nuit sans sommeil en Janvier 1994 à Rueil-Malmaison par la photographe Bettina Gousset. Elle symbolise tout à fait mon état d’esprit de l’époque : à 30 ans, la symbolique de la vie commence à se faire sentir. L’enthousiasme reste identique mais on peut commencer à voir la vie sous la perspective de la continuité et du passage des générations. On se sent davantage membre d’une toile, d’une lignée, que seul sur son rocher.

 

Après avoir quitté la télévision, et fini d’accompagner mon premier film dans les festivals, il fallait redonner un coup d’aileron pour aller plus loin, ou en tous cas plus profond. Ce fut une période plus solitaire où je disais en forme de boutade à mes amis “Il faut bien que j’écrive mes scripts de l’an 2000”. J’étais face à une grande page blanche où tout était possible. A l’âge où beaucoup trouvent la stabilité, je m’installais dans la diversité...

 

A l’époque une de mes meilleures amies, Catherine Malaval, l’une des productrices de “Nulle Part Ailleurs”, une personne rare dans cet univers, m’approuvait dans ce désir de mue : “Il y en a tant qui s’accroche à la présentation d’un simple bulletin météo pour rester visible”.

 

Je n’avais pas pensé à ça en ces termes. Pour moi, la télévision est un outil intéressant à condition de savoir le doser, qu’on soit téléspectateur ou animateur. Antoine de Caunes m’avait confié qu’il interdisait à sa famille, Emma, de regarder la TV...

 

Dans un reportage sur les Everglades (un bande de terre/mer sauvage en Floride), une phrase a récemment attiré mon attention : “Si vous pensez que votre avenir doit être décidé par les lobbys et les industriels, alors vous êtes des touristes, pas des citoyens”. Je pense qu’un minimum de structure commerciale et institutionnelle est indispensable mais elle doit rester à sa place.

 

Comme l’a écrit Nietzsche “Pour qu’un sanctuaire soit construit, il faut qu’un sanctuaire soit détruit”. On ne crée pas à partir de rien, mais on ne se réinvente pas en gardant tout.

 

Depuis longtemps, je suis persuadé que nous avons tous dix lettres vraiment importantes à écrire dans notre vie, dix coups de films vraiment importants à passer, ou dix refus à émettre. Entre 94 et 95, j’avais dix histoires à raconter.

Certaines sont devenues réalité, d’autres ont été des pièces détachées qui ont trouvé leur place sous des formes déguisées. D’autres sont à venir.

Chaque rêve a un prix. Et dans mon cas, il passait par l’arrêt clair et net de la télévision pour tenter la réalisation. Découvrir des termes nouveaux, devenir actif et plus seulement spectateur, apprendre à fédérer une équipe, apprendre à la trouver, déjà...

 

Avec quelques années de recul, je pense qu’il n’est pas forcément malsain (en fait très peu de choses sont malsaines...) d’avancer sur plusieurs tableaux à la fois. Il est toujours frappant de voir que des cinéastes confirmés éprouvent le besoin de s’arrêter pour enseigner ou pour écrire sur d’autres confrères. En peinture ou en littérature, cette mixité des activités est bien vue, en musique et cinéma beaucoup moins. Sait t’on que Stanley Kubrick a écrit un texte sur Kieslowski ?

 

Ce que j’ai appris sur un tournage, c’est à quel point la métaphore de François Truffaut apparentant le cinéma à un “train dans la nuit” vaut avant tout pour la production. Pour la réalisation, on est davantage dans l’aiguillage permanent. Il faut être un bon chef de gare.

 

La technique est essentielle mais n’est pas tout. L’idéal serait bien sûr de tourner un film sur plusieurs années, pour avoir à la fois la spontanéité de certains moments et le recul. Mais comme ce cas de figure est rare, il est important de privilégier à la fois l’humain et la technique de la même manière et en direct.

 

La phrase de Billy Wilder (“En 50 ans de carrière, ma caméra n’aura tourné que deux semaines”) est acide, et je suis bien parti, malgré la vidéo, pour me ranger dans le club très fermés des tapirs en tous cas pour mes films personnels. Mais il faut bien voir une chose : nous créons les images dans nos têtes avant le tournage, les accomodons selons la myriade de décors ou de comédiens possibles et tout cela est en action plus de deux semaines par an ! En fait, selon les registres, tout change : celui qui n’écrit pas ses scripts peut tourner plus souvent. Celui qui ne se préoccupe pas de savoir si le script qu’il tourne a de l’intérêt peut tourner indéfiniment, 365 jours par an sans trop de difficulté.

 

J’ai -pour l’instant- décidé d’écrire mes histoires, de les produire et de les tourner, ce qui ralentit énormément leur “mise sur le marché”. Mais c’est l’âme qui m’intéresse. Ce que je dis est t’il intéressant ? Y a t’il une évolution ? Ces films peuvent t’ ils plaire au-delà des dialogues et toucher non seulement plusieurs tranches d’âges mais aussi différentes cultures ?

 

Au fond de moi, je préfère tourner un seul clip inoubliable (en ce moment pour Pauline Croze) qu’un long-métrage inabouti...

Comme le dit le proverbe, “même une horloge cassée donne l’heure exacte deux fois par jour”. Il faut être prêt pour ces deux fois là...

A partir de 1994, une série de coïncidences m’a amené à animer des débats dans divers festivals dont ceux de Sarlat, d’Angers (où cette photo a été prise) ou au centre Beaubourg. L’animation est différente du journalisme et sa source “anima” (l’âme) met vraiment sur la voix... A Sarlat, où le public est grosso modo fait de collégiens, j’ai pu mener des débats avec des artistes captivants comme Henri Alekan, Max et Jacques Douy (décorateurs de Jean Renoir) ou créer des discussions inhabituelles avec Thierry Lhermitte ou Patrick Schulmann.

 

A Angers, il s’agissait de mettre au point une table ronde en milieu de journée avec des cinéastes de tous pays (TOUS !) venus montrer leur premier film ou film d’écoles. Noémie Lvovsky, François Ozon, Damien O’Donnel ont, depuis, fait leur chemin.

 

Depuis Juin 2005, j’anime l’émission “Obliques” sur Fréquence Protestante (100.7 fm). Je n’avais pas fait de radio depuis 1991 et au début j’appréhendais terriblement ce retour à un medium oublié. Ah, le chemin en bus le jour du premier enregistrement...

 

Aujourd’hui, l’émission est sur les rails et, en dépit des efforts qu’il faut fournir pour écrire les textes, se niche la possibilité d’apporter quelque chose de vraiment nouveau à l’auditoire. Actuellement, l’émission tourne autour d’un(e) invité(e) appartenant à une tribu que l’on a pas l’habitude d’entendre à la radio : les techniciens. Montage, production, doublage, direction de le photographie, etc. Il y a tant de choses à révéler. Sans oublier bien sûr les comédien(ne)s et les cinéastes. Comme Fanta Regina Nacro (“La nuit de la vérité”) ou Zaïda Ghorab-Volta (“Jeunesse dorée”)...

 

L’avantage d’un format court -28’- oblige à la synthèse, ce qui ne veut pas dire pour autant à la restriction. La liberté de ton est entière et certains auditeurs (trices) sont souvent surpris(es) par ce qui se dit sur l’antenne.

 

Il y a aussi le bonheur de pouvoir disséminer, via la programmation musicale, des éléments qui contribuent à créer un univers global. “XTC” ou “Talking Heads” sur une radio protestante... c’est possible.

 

Et puis l’animation peut rejoindre la création. Notamment quand on est invité à venir parler de ses films auprès d’un public...

 

Finissons par deux anecdotes : deux fois dans ma vie, j’ai été obligé de visionner un film avec des lunettes de soleil car, in extremis, je n’avais pas retrouvé les autres. Le premier était “Van Gogh”, le second “Eyes Wide Shut” pour lequel je devais animer un débat au cinéma de Nogent-sur-Marne après la projection.

Difficile dans les deux cas d’être cohérent pour analyser les choix visuels des réalisateurs. Pour le film de Kubrick, une fois montée sur scène, j’ai enlevé les lunettes de soleil et me suis retrouvé “dans le flou” face à la salle. Pour un film sur les yeux grand fermés...

“A 50 ans, ferme ta braguette et ouvre ta bibliothèque”. Je ne sais plus où j’ai lu ça, mais bien qu’il me reste encore pas mal d’années avant d’arriver aux 50, je m’amuse bien à méditer cette phrase.

 

L’introspection a mauvaise presse en Occident. C’est dommage, car elle n’est en rien séparable de l’action. Il ne faut certes pas en abuser, car comme l’a dit le cinéaste Alain Cavalier “A force d’appuyer sur la pédale du sens, on perd la vie qui s’invente à chaque pas”

 

Mais il me semble inconcevable de ne pas se considérer soi-même comme un puits, et tenter à plusieurs moments de sa vie de savoir de quelle quantité d’eau on dispose.... Suis-je à sec ? Y a t’il un trop-plein qui va déborder ? La psychothérapie est là pour y répondre.

 

Nous avons plusieurs vies, et c’est à nous d’être nos propres alchimistes. Or, c’est souvent la peur qui nous empêche d’agir. La peur a une force inouïe sur le moment, mais rétrospectivement, si nous y avons succombé, elle ressemble à un farfadet qui n’hésitera pas à se moquer de nous. Essayons de ne pas lui donner cette joie...

 

Dans “L’amant” (le film adapté de Marguerite Duras), la voix de Jeanne Moreau répéte “Regardez-moi, j’ai 15 ans”. C’est evidemment déchirant car une vieille voix nous parle de la splendeur physique passée. Mais c’est aussi rassurant car nous sommes des êtres doués de mémoire et comme le dit mon père “On ne sait pas ce que nous réserve le passé”. Il n’y a pas toujours d’espace-temps...

 

Aujourd'hui, je me sens pouvoir agir dans toutes les directions possibles, qu’elles soient créatives ou personnelles. Dans le second cas, la seule limite est le respect de l’autre, dans le premier... la force de nos neurones et de notre cage thoracique.

 

Même si comme tout le monde, j’ai mes racines culturelles, j’aime être chamboulé dans mes certitudes, découvrir une peinture, une ville, un livre ou un animal qui font voir la vie autrement.

 

Un photographe a exposé il y a quelques années une série de photos qu’il avait prise de lui-même, avec le même cadrage, jour après jour. Je n’ai pas vu cette expo où toutes les photos étaient placées côte à côte, illustrant les jours qui passent. Ce qu’un ami m’en a dit était qu’il était à la fois possible et impossible de déterminer en quoi la vie personnelle (réussite, échecs, amours, ruptures, naissances, deuils) pouvaient se voir à l’oeil nu. Mais en prenant du recul, des impressions, des supputations devenaient possibles...

 

Il y a une séquence dans le film “Collision” de Paul Haggis, que j’aime beaucoup.

A la toute fin du film, le jeune noir entre dans la voiture du policier qui vient de le prendre en stop. Tous deux ont des parcours opposés, et chacun est sur ses gardes. Une musique rock sort de l’auto-radio et le jeune noir après un moment dit “En fait, je commence à comprendre cette musique”. C’est ça, la vie, il faut commencer à comprendre...

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